Je n’en fis que rire, mais ne retournai plus à son prisonnier, et maintins tous mes soins pour Citronnet et sa bonne maîtresse, qui m’aimait, à présent, autant que lui.

L’hiver passa ainsi. Nous eûmes souvent faim tous les deux, car les vers étaient rares; mais je partageais toujours religieusement avec Citronnet, et ma bonne action fut récompensée. Voici comment.

Citronnet m’apprit que, sur un grand platane, à peu de distance, habitait une jeune et belle pierrette dont le mari avait été surpris et dévoré, l’année précédente, par un affreux matou du voisinage. Il me fit faire connaissance avec elle. Je reconnus chez elle les qualités qui font une bonne mère. Aussi, au premier printemps, nous mîmes-nous à faire un superbe nid dans un des arbres les plus touffus de la pépinière. Nous y trouvions un abri plus parfait que sur les grands arbres du jardin, et nous étions plus près des vers et des larves qui allaient devenir indispensables à la nourriture de nos enfants.

Tout allait à souhait: jamais on ne vit plus beau nid, plus charmants œufs, couple plus uni, printemps plus magnifique.

Au bas de notre arbre, cependant, un autre oiseau était venu commencer ses travaux, et son voisinage ne me laissait pas sans inquiétude... beaucoup plus gros que nous, l’œil inquiet, le bec robuste et pointu, les mouvements brusques, il me semblait un animal peu sociable et au moins incommode.

Combien je me trompais! C’était le modèle des époux, le meilleur des pères, et j’appris à l’apprécier à sa juste valeur.

Noir, le bec jaune, cet oiseau me faisait peur; je l’entendis un jour nommer par un jeune homme qui s’écria:

—Oh! le beau Merle!...

Se souciant peu des épouvantails que l’on mettait en place pour nous faire peur, il se perchait dessus, passait dessous, pour aller picorer où il avait envie.

Le Merle amena sa femelle au pied de notre robinier, lui montra l’emplacement qu’il avait choisi entre les branches flexibles du pied; puis, tous deux se mirent de bon cœur à la rude besogne, sans trêve ni repos, butinant et bâtissant de l’aube à la nuit.