Je résolus de rentrer parmi les hommes, de me donner à eux, et là, du moins, à l’abri derrière les barreaux de ma cage, je trouverais l’aisance, la tranquillité et le repos qui m’étaient devenus nécessaires. Restait à choisir la maison à laquelle j’allais me confier, car de ce choix dépendait peut-être le bonheur de ma vieillesse; on ne trouve pas tous les jours le moyen de s’échapper comme je l’avais déjà fait!

Je cherchai longtemps.

Un jour, je m’arrêtai sous les ombrages touffus d’un arbre magnifique: deux personnes suivaient lentement une allée en se donnant le bras.

—Blanche, mon amie, disait la voix d’homme, n’est-il pas bientôt temps de rejoindre ta mère à Fontainebleau?

—J’y pensais, Émile... Le bonheur rend égoïste.

—Et nous sommes si heureux!

—Savez-vous, monsieur, qu’il y a six mois...

Plus de doute! C’était ma charmante petite maîtresse, c’était Blanche! mais grandie, mais embellie depuis deux années que je ne l’avais vue. Et M. Émile, auquel elle donnait le bras, c’était M. Sceller, son cousin!

Je compris, en voyant au loin venir deux jeunes filles en deuil, en apercevant le crêpe que portait le jeune homme, que son vieux père était mort, et que le cadeau que voulait faire Mme Sauval au jeune lauréat était cette belle propriété, comme dot de l’heureuse Blanche!

Honteux, je voulus fuir... Le mouvement de mes ailes fit lever les yeux à mon ancienne amie.