Qu’était devenue ma chère Pierrette? Et mes pauvres enfants! quel sort avait été le leur?...
Dès le lendemain, je résolus de tout faire pour avoir des nouvelles et calmer mon anxiété; je ne croyais pas cependant au malheur complet qui allait me frapper... Hélas! j’eus beau chercher, m’informer auprès de mes amis, jamais je ne pus retrouver les traces de ma pauvre Pierrette... Est-elle morte égarée? A-t-elle été dévorée par les ennemis qui ont envahi le jardin?... La plus complète obscurité a toujours régné sur cette catastrophe... Citronnet lui-même n’était plus à sa place accoutumée; sa maîtresse avait été tuée derrière sa fenêtre, et le pauvre ami était mort, oublié dans sa cage abandonnée!..... O malheur! quand tu nous frappes, tu ne t’arrêtes jamais!
Je cherchai mes enfants. Je les trouvai bientôt aux environs de la maisonnette qui, en leur servant d’abri, leur avait sauvé la vie. C’est à peine s’ils me reconnurent; ils se suffisaient à eux-mêmes, faisaient les grands garçons et, un peu plus, m’auraient envoyé promener.... Mon cœur se serra une dernière fois... Je baissai la tête, leur souhaitai, du fond du cœur, une vie plus heureuse que celle de leur père... et les quittai pour toujours.
Je vécus ainsi trois mois environ seul, encore seul,... insensible à toutes les avances que me faisaient les autres moineaux, mes camarades. Renfermé dans ma douleur, je laissais couler les jours sans penser au lendemain, passant d’un buisson à l’autre, d’un parc dans le voisin, sans avoir conscience de ce qui se faisait autour de moi, picotant une bribe de pain par ci, un grain de millet ou de chènevis par là, mais incapable de pourvoir à ma nourriture si j’avais été en rase campagne. Le dégoût de la vie sauvage m’avait pris. Je n’éprouvais qu’une satisfaction, celle de me voir près de l’homme, dans un lieu où sa fréquentation était si complète, que, pour moi, ce jardin était comme une grande volière.
Hélas! mes enfants! il était écrit que je ne pourrais jamais être heureux!
Un jour, au moment où nous y pensions le moins, le peuple descend en armes dans les rues; la bataille reprend sa fureur, le canon gronde, les balles sifflent dans notre asile, jusque-là si tranquille. Ce n’est autour de nous que mugissements, que cris désordonnés des animaux effrayés. La mort semble planer sur nos têtes. Il faut encore partir!...
Cette fois, je pris le chemin de la frontière;... là, peut-être, est le vrai bonheur.
Je volai donc, en suivant la Seine, tant que mes ailes purent me soutenir, et, vers le soir, j’étais loin de Paris, au milieu d’un petit bois, en pleine campagne.
J’y passai la nuit, le ventre creux, livré à de bien tristes réflexions.
Que faire? Quel parti prendre?