Nous sommes très jaloux, nous autres moineaux!
On donna d’abord à l’hirondelle des fragments de mouches, puis des mouches entières. On avait mis la boîte servant de berceau ou de nid dans une petite cage semblable à la mienne, et la jeune hirondelle affectionna toujours ce réduit pour passer la nuit. Il fallait bien la faire sortir de ce nid où, frileuse, elle rentrait d’elle-même chaque soir, pour qu’elle mangeât; mais le caractère propre de cet oiseau se manifesta bien vite, et ma maîtresse, comprit qu’il fallait agir comme sa nouvelle protégée le voudrait.
Mlle Titi n’aimait pas à être prise par le corps,—moi, cela m’était bien égal, au contraire;—on lui présentait donc le doigt comme à une petite perruche, et ma foi, elle s’élançait dessus avec une grâce et une légèreté remarquables. Mlle Titi n’aimait pas à être mise en cage, quoique celle-ci fût ouverte,—nous étions tous les deux du même avis là-dessus.—On la plaça sur le rebord de la table à ouvrage, et elle s’y tint, gazouillant et faisant, pendant des heures entières, des conversations suivies avec sa maîtresse, lustrant ses plumes noires, étirant ses ailes et sa queue, tournant la tête et nous regardant de ses gros yeux noirs brillants.
De temps en temps, Claire ou sa mère prenaient dans une petite boîte quelques mouches et les présentaient à l’hirondelle qui dardait sur elles, entre les doigts, son petit bec agile et ne les manquait jamais. Rarement elle les ramassait sur la table; il fallait pour cela qu’elle eût grand faim. La première fois que je vis ce dédain, je sautai de l’épaule de Claire sur la table et happai les mouches avant que Mlle Titi sût comment cela se faisait. Titi, effrayée de mon approche, essaya de me donner un coup de bec que je lui rendis; mais ma maîtresse me reprit, et m’appelant:—gourmand!—me remit sur son épaule.
Un jour, par une belle soirée, Titi était à sa place habituelle sur la table à ouvrage, quand, tout à coup, elle pousse un petit cri, ouvre les ailes, et se sauve rejoindre ses compagnes qui volaient en troupes nombreuses au-dessus des pelouses du jardin...
—Tant mieux! pensai-je, la voilà partie; autant de débarras!
Je me mis aussi à prendre ma volée, et fus me percher sur un toit voisin pour voir ce qui allait arriver. Ma Claire et sa mère étaient comme foudroyées et se montraient inconsolables. Elles restèrent longtemps à la fenêtre à regarder l’infidèle, à la deviner dans ses courses folles, à la chercher au milieu du va-et-vient général de la bande joyeuse.
Je revins alors me poser sur l’épaule de Claire, qui me dit en m’embrassant, les larmes aux yeux:
—Toi, mon pauvre Pierrot, tu m’aimes bien!...
—Oui, oui, oui! répondis-je; et je repartis me mettre en observation sur mon toit.