Claire descendit alors au jardin et appela Titi de sa voix la plus douce, la plus caressante; rien n’y fit. Elle rentrait désolée, quand elle entendit un léger frôlement sur son épaule; un cri arriva à son oreille... C’était Titi qui revenait, et qui avait le front de prendre ma place. Pour le coup, je n’y tins plus, et fondis sur elle comme un ouragan... Mais Claire prit sa défense, me donna l’autre épaule et m’embrassant:
—Pierrot chéri, me dit-elle, si tu es jaloux de Titi, je ne t’aimerai plus!
Je ne répondis pas. J’avais le cœur trop gonflé.
—Tu ne me réponds pas? me dit-elle. Allons, monsieur, embrassez maîtresse, et embrassez aussi Titi.
Il en fallut passer par là.
Depuis ce jour, Titi eut sa pleine liberté comme moi, et n’en abusa jamais. Le matin, dès le point du jour, elle nous réveillait, Claire et moi, par un gazouillement très gentil, car elle couchait comme moi dans la petite chambre de sa maîtresse. Celle-ci ouvrait la fenêtre, Titi partait, moi aussi, et nous revenions au bout d’une heure, car chaque jour je m’apercevais qu’elle était bonne personne et je ne lui refusais pas mon amitié.
Pauvre Titi! Je l’aimais bien, quand... Enfin, Dieu l’a voulu!...
Si la fenêtre était fermée, elle allait au salon prendre sa place habituelle sur la table à ouvrage, et moi je rôdais dans la cour, aux environs de la salle à manger. Dans la journée, elle allait et venait, sortait pour voler avec ses compagnes, rentrait, faisait un tour dans le salon, nous saluait d’un ramage joyeux auquel nous répondions, et repartait sans s’arrêter. Pendant ses courses, j’allais faire la causette avec quelques vieux amis du voisinage, ou visiter les treilles pour voir si les chasselas étaient mûrs.
Aux heures des repas, Titi rentrait et prenait place sur l’épaule qui lui était dévolue, puis Claire nous apportait ainsi tous les deux... Ah! le bon temps!
Quoiqu’elle ne voulût manger que des mouches, on parvint à lui faire attaquer un peu de viande de poulet cru ou cuit ou coupée en long comme de petites larves ou des vers; mais elle ne s’en montra jamais friande. Je ne comprends pas qu’on soit si difficile que cela! Moi, je m’en régalais, et tout ce qu’on servait était de mon goût; aussi, vous voyez, je suis encore là, solide au poste et vigoureux, tandis que la pauvrette!...