Ma bonne Claire ouvrit la fenêtre afin que la chère petite bête prît son élan et allât rejoindre les quelques hirondelles isolées que l’on voyait encore passer. Elle ne le voulut point, soit qu’elle eût froid, soit qu’elle se méfiât de la force de ses ailes, soit autre cause inconnue.

Il fallut revenir à la ville. Titi et moi, dans la même cage, fîmes le voyage sur les genoux de notre maîtresse; tout le long du chemin, je l’exhortais à partir, lui disant qu’elle reviendrait nous voir l’année prochaine, que nous penserions à elle, et que nous l’attendrions comme le printemps; rien ne put la décider et sans donner de raison, elle fut inflexible. Pauvre amie, elle courait à sa perte!...

A la ville, peu ou point de mouches. Comment ne pas mourir de faim?... Des petits morceaux de viande ne pourraient jamais la nourrir six mois! On tint un grand conseil, et j’entendis décider que la chère petite bête serait lâchée au-dehors, car il y avait encore assez d’hirondelles pour qu’elle pût les suivre.

Hélas! ma bonne maîtresse l’embrassa encore une fois, je lui dis un adieu bien tendre, on ouvrit la fenêtre, et Claire la lâcha dans le jardin... Nous avions tous les larmes aux yeux!

Elle fit quelques tours aux environs de la maison, puis partit à tire-d’ailes...

Nous refermâmes la fenêtre, le cœur gonflé!

Quelques jours après nous apprîmes que vers la même heure à peu près à laquelle nous l’avions lâchée,—que sont les kilomètres pour de pareilles ailes? Titi était revenue à la campagne. Elle avait becqueté la fenêtre du salon, puis celle de la chambre de Claire... Les trouvant fermées, elle avait longtemps jeté de petits cris plaintifs, puis, s’élevant à une grande hauteur, elle avait disparu...

A-t-elle péri du froid? A-t-elle pu rejoindre ses compagnes?... Ses jeunes ailes lui ont-elles fait défaut dans son long voyage?... Nul ne le sait, jamais on ne l’a revue!!...

C’est ainsi que j’ai perdu ma dernière amie! Aujourd’hui je suis vieux, morose, maladif; je réfléchis, je pense... Dévoué à ma charmante maîtresse, je l’aime et la caresse de tout mon cœur, attendant avec résignation que la mort vienne me frapper auprès d’elle.

FIN.