Je fus choisie, et je crois que l’on ne pouvait mieux choisir. On m’adjoignit un de mes frères comme aide de camp, et voilà comment, à peine rentrée d’une expédition, il me fallut en recommencer une autre. En attendant, il fut décidé que les morceaux de tissus gênant les travaux souterrains seraient découpés, portés au dehors et jetés aux résidus sans emploi.

Ainsi fut fait, malgré la répugnance que les esclaves éprouvaient à couper cette matière qui possédait un goût horrible. Mais que ne peuvent le courage, la patience et l’abnégation des bons citoyens!

Nous cheminions donc de compagnie, mon frère et moi, passant avec précaution, aussi près que possible, des fourmilières du canton; mais pas assez près cependant pour motiver des attaques et des assauts des colonies, qui ne sont pas toujours de bonne humeur.

Tout en causant, nous traversions une grande plaine sablonneuse, absolument nue. Au-dessus de nos têtes, à d’énormes hauteurs, s’étendaient les branches épaisses de plusieurs arbres qui empêchaient depuis bien des années l’eau du ciel de tomber sur le sol et de le raffermir. Aussi, enfoncions-nous jusqu’au genou dans cette terre semblable à de la cendre, et étions-nous exténués de fatigue.

Nous avancions cependant avec courage, car il fallait sortir de ce mauvais pas, et nous nous dirigions vers un endroit qui semblait libre et dont les alentours étaient comme barrés par des collines abruptes, des racines colossales et des herbes entrelacées.

—Vois, dis-je à mon frère, cela ressemble à un défilé dans les montagnes Noires!

—C’est vrai! Heureusement, le sol est uni à perte de vue.

A peine mon frère avait-il terminé ces paroles, que nous arrivions au défilé; mais, là, un spectacle inattendu nous était réservé. Au lieu de continuer à perte de vue devant nous, comme un tapis de cendres, ainsi que nous le supposions, le sol s’enfonçait brusquement en un entonnoir immense... Rien que des parois abruptes, glissantes, d’aspect peu rassurant...

Nous nous arrêtâmes sur le bord, nous retenant à grand’peine, tant le terrain était mauvais...

—Qu’allons-nous faire? me dit mon frère. Nous ne pouvons pas descendre dans cet entonnoir; outre que le sol est impraticable pour la descente, nous le trouverions encore bien pire pour la remonte.