Ce n’est pas étonnant, ces peuples bornés n’ont pas l’habitude de recevoir des gens de notre importance!
Je rétrogradai donc noblement, non sans avoir jeté un coup d’œil prolongé sur l’intérieur de l’habitation par la porte et par les fenêtres du premier étage, auxquelles j’atteignais très facilement.
Le peuple me suivit quelques pas en dehors de la souche du saule dans laquelle la république était établie, mais je m’arrêtai, et tous se hâtèrent de rentrer: ils craignent et le grand jour et le grand air. Néanmoins j’avais acquis quelques connaissances de leur organisation.
D’un côté, je découvris des galeries horizontales, mais le regard ne pouvait en embrasser longtemps le développement, parce que les murs suivaient la direction circulaire des couches du bois, et, d’un autre côté, parce que les galeries parallèles étaient séparées par de très minces cloisons n’ayant de communications entre elles que par de rares ouvertures ovales. Je dois avouer que ces travaux étaient remarquables par leur délicatesse et leur légèreté.
Au premier, j’avais eu le temps d’apercevoir des chambres séparées, faites dans les galeries au moyen de petites cloisons transversales élevées çà et là. Je vis des portes préparées par un trou rond encaissées entre deux piliers découpés dans le mur. Mais, plus loin, les sculpteurs étaient à l’œuvre: les piliers, à l’origine courbés aux deux bouts, devenaient des colonnes régulières. Ce qui me semble le plus remarquable à cet étage, c’est la manière dont sont ménagés les piliers qui doivent le supporter et qui sont pris dans les cloisons des galeries parallèles, que l’on réunit pour faire une grande halle.
Ce qui m’a étonné au dernier point, c’est que tout le bois que ces fourmis taillent est teint en noir, comme par de la fumée. D’où cela vient-il?... Ma foi, je n’en sais rien. Est-ce un gaz émané des fourmis? Est-ce une teinture fournie par leur salive?
Depuis quelque temps déjà j’entendais résonner des pas d’hommes autour de moi, car nous avons l’oreille si fine que nous les entendons, ainsi que les autres animaux, bien avant qu’ils puissent nous apercevoir. Je me retourne et j’aperçois deux hommes qui semblent chercher des yeux quelque chose dans le bois, regardant sur le sol, comptant un certain nombre de pas dans des directions différentes.
—Peste soit du vieux podagre, dit l’un, il avait perdu la tête de frayeur, et nous ne retrouverons jamais rien!...
—Qui sait? reprend l’autre, il n’était pas si sot que vous le croyez.
—Peuh! prendre pour indice un arbre, c’est déjà stupide.... Il peut être coupé... mais ne pas le marquer, ne pas le désigner d’une manière sûre, c’est insensé!