J’avoue que je ne comprends pas encore comment cet oiseau peut loger dans son bec une langue aussi longue que son corps. Cependant, à force de m’informer, je trouvai une vieille, bien vieille fourmi, qui m’assura avoir jadis mangé un pic-vert tué par un chasseur qui avait ensuite dédaigné un aussi mince gibier. Or la vieille m’affirma qu’elle avait mangé de la tête et qu’elle avait vu, en dedans de la boîte osseuse, la langue de l’oiseau qui s’y enroulait, en faisant tout le tour, comme du fil dans une boîte.

Je veux bien y croire, mais je n’ai pas vu!

VI
VILLÉGIATURE.—LE TRÉSOR.

Si vous me demandiez compte de mes journées, je vous dirais que je les laissais passer au milieu des courses les plus charmantes dans les bois, la lande et les environs. Mes esclaves fonctionnaient parfaitement: nos larves étaient bien soignées, les bâtiments entretenus en bon état, la saison douce et clémente; jamais je ne fus si heureux, aussi chaque matin imaginai-je une excursion nouvelle.

C’est ainsi que je découvris les fourmis charpentières, que je ne connaissais pas, et auxquelles on donne, je crois, le nom latin de Formica fuliginosa. Leurs travaux sont merveilleux et bien autrement considérables que ceux de plusieurs autres insectes charpentiers que j’avais vus à l’œuvre, et cependant, de même que les guêpes et les abeilles charpentières, elles n’ont pour outils que leurs mandibules. Mandibules toutes simples et qui n’approchent cependant ni de la construction de la tarière ou lime des Cicadées, ni de la scie des Tenthrédinés.

Ces petites charpentières ont l’air, au contraire de nous, d’être un peuple de nature inférieure et qui ne connaît de plaisir que travailler. Elles sont dans un mouvement perpétuel: il est vrai que la vie doit être si pénible pour elles, que je ne puis que les plaindre de s’entêter à se cacher comme elles le font dans le bois des arbres, au lieu de se faire bâtir un palais au grand air par des esclaves asservies.

Je m’approchai de la porte, histoire de parcourir l’intérieur de ce logis d’une nouvelle espèce. Je n’avais aucune mauvaise intention, mais voilà une sentinelle qui me barre le chemin. Ce serait une erreur de ne pas les croire courageuses et fortes pour leur taille.

Comme je ne voulais pas lui faire de mal, je la prends délicatement par la taille et, la faisant passer par-dessus ma tête, je la jette tout bonnement derrière moi... Ah bien! ce fut alors l’occasion d’un tapage infernal. En moins de rien, j’en avais dix, vingt sur les bras! Au loin le rappel battait, je vis bien que j’allais avoir toute la séquelle après moi...

Je voulus parlementer: impossible; ces forcenées parlaient un patois informe et n’entendaient pas raison. Je ne pouvais pas, décemment, reculer devant de tels pygmées avant d’avoir vu ce que je voulais voir. J’en pris donc, un peu brusquement, une demi-douzaine l’une après l’autre et les envoyai, à la volée, rejoindre la première...

J’avançais toujours au milieu de la multitude qui me pressait de toutes parts et j’atteignis ainsi le fond du vestibule; mais là une amère déception m’attendait... la porte était trop petite pour moi!...