—Je me promène et ne veux vous attaquer en aucune façon.

—Tu as bien raison. Regarde seulement mes pinces, elles te couperaient en deux comme un sabre coupe un navet. Tu dois voir que je suis un soldat de la termitière et que je suis plus fort que toi...

—Qu’est-ce que cela me fait? Si vous m’attaquez, vous me couperez en deux probablement; mais vous ne m’empêcherez pas de vous inoculer au même moment mon acide, et vous en mourrez demain! Ne vous y frottez donc plus! Voulez-vous, au contraire, me recevoir en ami? Je voyage, je m’instruis, je suis inoffensif et peux vous donner quelquefois un coup de main ou un conseil.

—Moi!... je me moque de ce que tu peux valoir. Je suis un soldat, et, comme tel, je n’ai point à raisonner sur le que, le qui ou le pourquoi. Je suis un sabre obéissant, voilà tout! et je m’en fais gloire!...

—Sabre obéissant, tu me donnes une furieuse envie de visiter ta nation; n’existe-t-il donc pas une autorité chez vous, à laquelle tu puisses soumettre ma demande?

—Si, le grand conseil.

—Eh bien, sabre obéissant, mon ami, va lui demander, pour un philosophe, la permission de visiter votre république... C’est mon plus cher désir.

—Soit, attends-moi ici! Et surtout ne t’éloigne pas, il pourrait t’arriver malheur! Il y a des sentinelles partout, et toutes n’auront pas tant de patience et de bon vouloir que moi...

—Merci du conseil.

Il disparut. Je m’assis et l’attendis, assez intrigué de la tournure que prenaient les choses, étudiant un peu le terrain autour de moi et décidé à prendre une fuite rapide si la négociation ne réussissait pas. Je prévoyais que mon ami le sabre obéissant me tomberait dessus avec un ensemble parfait.