Horreur! Les fourmiliers sont des oiseaux qui vivent à nos dépens. Je suis perdu!...
Où fuir? où me cacher?... Ils sont une multitude; impossible de trouver un refuge contre tous ces affamés. O mon Dieu, sauvez-moi!
«Aide-toi, dit-on, le ciel t’aidera.»
Tandis que, en proie à la plus légitime frayeur, je désespérais de mon salut, je jetai les yeux sur la route auprès de laquelle je me trouvais. Que vois-je?... mon capitaine... mon brave capitaine, mon ami... qui m’avait si bien oublié dans son compotier!...
Ma foi! de deux maux il faut choisir le moindre. Le pis qui puisse m’arriver, c’est de retourner dans le compotier... Au petit bonheur!
Et, m’approchant au-dessus de lui, qui se promenait avec deux amis, je me laissai tout doucement tomber sur son épaule et descendis jusque sur sa main... Son premier mouvement fut de secouer sa main pour me jeter sur le chemin...
—Oh! la vilaine b...! Mais non, je ne me trompe pas, c’est une fourmi de France, une fourmi rouge de chez nous. Mais c’est bien ma fourmi de France... Oh! la pauvre bête... et moi qui l’ai oubliée...
J’avais l’air si calme, arrêtée entre son pouce et le premier doigt, qu’il prit de plus en plus confiance et dit en se tournant vers ses compagnons:
—En tout cas, je la garde.
—Mais jette donc cela, Urbain; tu nous ennuies avec tes insectes...