—Ah! ça, non! Rentrons maintenant, et vivement! Je t’en montrerai chez moi. Mais, pour aller en chercher aujourd’hui, non! Contente-toi de ne pas avoir rencontré leur avant-garde, et prenons sérieusement la fuite; il pourrait nous en arriver malheur. Ce qui le prouve, tu le vois, c’est que nous sommes seuls... tout le monde a fui!...

—Allons-nous-en!

Inutile de dire que j’en avais vu assez et que je me hâtai de quitter mon poste d’observation pour rentrer dans mon étui.

En arrivant chez lui, mon brave capitaine choisit un superbe compotier, absolument semblable à celui qui me servait de prison à bord, y mit une poignée de feuilles, quelques fruits délicieux de son jardin et m’y enferma.

Puis il disparut un moment et revint quelques instants après, tenant à la main une petite boîte de verre qu’il déposa sur son bureau.

—Vous avez devant vous, mes amis, dit-il, un des plus gros travailleurs, ouvriers, des Écitons...

—Mais c’est un insecte formidable!

—Oui. La différence de dimension entre les ouvriers, dans cette espèce, est très remarquable. L’exemplaire que vous voyez mesure près d’un centimètre et un quart de longueur, sans compter les pattes; tandis que je vais vous en montrer un à côté qui n’est pas moitié aussi long et ressemble beaucoup à la Fourmi noire (Formica nigra) de notre pays.

—Et d’où vient cela?

—On n’en sait rien. C’est peut-être une question d’âge. Voyez la tête du grand, comme elle est ronde, polie et grosse! Elle est armée d’une paire d’énormes mandibules, courbées presque aussi fortement que des cornes de chamois et très aiguës à leur pointe. Attendez! nous allons placer une de ces armes sous le microscope. Voyez-vous?