Je sais bien que certains esprits atrabilaires trouveront—que ne trouve-t-on pas?—que, pour des guerriers éprouvés, il n’est pas brave d’attaquer des gens hors d’état de résister. Mais qu’y faire? Il faut, avant tout, prendre son bien où on le trouve. Tel est mon avis.

Et la troupe toute entière redouble d’ardeur; elle semblait voler à la surface des feuilles..., c’est qu’à ce moment apparaît la fourmilière des Noires cendrées, au milieu d’un buisson d’épine blanche. Cette fourmilière, beaucoup moins grande que celle des Polyergues assaillantes, était composée de petites bûchettes artistement entrelacées.

En un clin d’œil les Polyergues eurent envahi les avant-postes. Les Cendrées, averties par leurs éclaireurs, étaient cependant sur la défensive. Mais que faire? Chaque coup des terribles mandibules en faux abattait un membre; c’était un carnage affreux, et cependant les Cendrées se battaient bien. Elles assaillent à deux ou trois chacun de leurs envahisseurs; elles s’attachent à sa ceinture et souvent la coupent, laissant les deux tronçons du mutilé se tordre sur la terre...

Mais les Rouges pénètrent dans tous les recoins, en dépit de cette énergique défense; elles cherchent les réduits propres au pillage, c’est-à-dire les chambres d’élevage. Chaque assaillant emporte une larve blanche entre ses mâchoires et s’efforce de fuir avec son butin précieux. Les Noires cendrées ne peuvent résister; elles s’accrochent aux fauves, celles-ci les entraînent. Lassées, elles lâchent prise, le ravisseur fuit.

Taratantara!! Taratantara!!!

C’est le signal de la retraite! Vive le butin!!

Et me dressant sur mes pattes, je crie à mes camarades:

—En masse, serrez la colonne!... En retraite vers notre fourmilière!... Attention aux larves conquises!...

Et je revenais allégrement, tenant deux larves dans mes mandibules et marchant avec cela la tête haute, comme un cheval de carrosse, tandis que mes compagnons pliaient sous le faix d’une seule larve conquise.