—Quel ennemi? D’autres fourmis. Ne nous faut-il pas des esclaves? Sommes-nous donc destinées à tailler le bois, la pierre, à gâcher le mortier et donner à teter aux enfants? Nous, des guerriers de naissance!... Dieu, vous dis-je, ne l’a pas voulu. Voyez, il nous a gratifiées de mâchoires spéciales pour le combat. La longueur et l’acuité de nos mandibules en font des armes et non des outils. Vive la guerre!...

Il existe d’ailleurs de par le monde deux nations de fourmis qui sont destinées à devenir nos esclaves, à élever nos larves, à bâtir nos maisons; c’est pourquoi nous marchons à leur conquête. Il est temps que la fourmilière songe à multiplier; tous ici nous sommes frères, tous nous sommes fils de la même mère, de celle qui a fondé l’an dernier notre colonie, avec quelques fugitives échappées aux poursuites d’un faisandier, la colonie des Polyergues ou des Fourmis rouges. Mais, hélas! nous ne sommes pas assez nombreux pour résister à l’hiver, aux intempéries de l’automne; et puis il faut essaimer.

TARATANTARA!!!.....

Cette belle armée de trois cents guerriers n’est pas suffisante: il faut qu’elle se décuple. Remarquez comme nous nous ressemblons: on dirait un uniforme brillant recouvrant tous nos corps; et moi seule suis plus grande que les autres. C’est une exception; je passe pour un Hercule, et je crois que j’en suis un en effet. Cependant vous devez apercevoir quelques camarades noirs parmi nous, ce sont des mâles. Pauvres êtres qui ne vivront pas aussi longtemps que nous! Mais, comme ils sont armés comme les autres, ils viennent en expédition quand même...

EN UN CLIN D’ŒIL LES POLYERGUES EURENT ENVAHI LES AVANT-POSTES.

Attention, nous approchons de l’ennemi. L’ennemi, ce sont les Fourmis noires cendrées (Formica fusca). Nous les recherchons comme esclaves et nous allons les vaincre tout à l’heure, elles sont hors d’état de nous résister. Il en est de même des Fourmis mineuses (Formica cunicularia). Malheureusement ces dernières sont encore plus faibles que les premières.