—Et moi?... vous m’oubliez! ingrat!...
Mais ils étaient descendus au galop, ouvrant les armoires, les portes des buffets, des cabinets...
Je restais seule.
Un silence de mort régna pendant quelques minutes.
Puis il se fit un effroyable tapage dans la maison... un grondement formidable monta d’en bas, s’étendit partout. On aurait dit un bruissement de feuilles, un roulement d’eau qui glisse...
Alors firent irruption dans le cabinet d’Urbain toutes les bêtes de la création en déroute, courant, sautant, rampant, glissant, se mêlant, se poussant...
Comment! Il y avait tant d’animaux dans la maison!
C’étaient des mille-pieds, des scorpions, des serpents, des lézards, des rats, des souris éperdues, folles, tournant sur elles-mêmes, des blattes volant en nuage compact...
A ce moment, à la porte apparut l’armée noire qui montait à l’assaut. Ce fut d’un mouvement lent, continu, indescriptible, implacable, que cette lave montante enveloppa tout ce qui se tordait, sautait, s’ébattait sur le plancher... Quelques convulsions dernières, et tout s’apaisa... Ce fut comme une lutte de quelques minutes, lutte silencieuse, sans trêve ni merci... puis cela s’affaissa... et le drap vivant, noir et jaune, recouvrit le tout.
Nombre d’insectes étaient sautés sur le bureau d’Urbain et l’avaient inondé de leurs troupes désordonnées. Mais, le long de chaque pied, monta et déboucha une colonne de grosses têtes conduisant l’infanterie, et la boucherie recommença...