A cet instant, j’eus peur!...
Devant moi, derrière moi, par côté, partout, les terribles Écitons entouraient ma prison de verre...
Tout était mort autour d’eux: moi seule vivais encore, à l’abri du compotier; et les mandibules crochues s’ouvraient et se fermaient avec un bruit affreux de castagnettes en se tournant de mon côté...
Une phalange essaya d’escalader ma prison de verre, mais elle ne put y parvenir... je respirai! le bienheureux vase était une demi-boule montée sur un pied mince. Pas moyen de parvenir au bord... et d’ailleurs, mon couvercle me protégeait.
Quelques Écitons montèrent sur les objets saillants autour de ma bienheureuse prison; elles essayèrent d’y sauter... une seule réussit. Mais elles eussent été dix et vingt de ses semblables, qu’elles n’auraient pas pu soulever cette masse de cristal. J’étais sauvée!...
Alors je reportai mon attention sur ce qui se passait autour de moi. Je sentais que, dans quelques minutes, je serais le seul être vivant de la maison.
Effectivement, les Écitons se livraient à une visite domiciliaire qui n’oublia ni une crevasse, ni une fente. Les blattes, les insectes, tirés au dehors par cinq ou six fourmis, étaient impitoyablement mis à mort.
Enfin le carnage cessa, faute de victimes. Les Écitons harassés, rassasiés de sang, remirent enfin l’épée au fourreau en rentrant leur terrible aiguillon et procédèrent au butin. Tout ce qui pouvait être emporté par eux le fut. Je vis s’organiser sans bruit, devant moi, une marche triomphale digne des temps barbares. Tout le monde reprit sa place dans les rangs, chargé de butin, et le torrent noir, se repliant sur lui-même, disparut peu à peu dans l’escalier...
Quelques-uns, en se retirant, jetaient de mon côté un regard de convoitise et de regret. Il leur répugnait de laisser un être en vie derrière eux!
Puis le silence s’étendit sur toute la maison...