Mon cher capitaine y aida de tout son pouvoir en m’abordant à tribord. Je lui glissai comme un éclair entre les doigts, qu’il avança beaucoup trop tard. J’avais eu le temps de reprendre mes sens après une terrible chute... Pas de membres cassés, des contusions douloureuses seulement. Sans perdre un instant, je me traînai sous des bibelots qui formaient un fouillis sur son bureau. Là je compris immédiatement que j’étais presque en sûreté.
Tandis qu’il déplaçait tous ces objets avec précaution, l’un après l’autre, craignant de me blesser, je me reposai, je repris des forces et, m’esquivant derrière ces objets, j’arrivai au bord de la table sans qu’il m’eût aperçu... Il regardait ailleurs... et moi, je ne faisais aucun bruit. Je descendis par un pied.
J’étais dans l’escalier qu’il cherchait encore sous son bureau. O bonheur ineffable, j’étais libre!
J’avais une telle peur d’être repris que, d’une traite, je sortis même du jardin, me jetant dans la campagne, et entrai dans un bois voisin.
J’ÉTAIS DANS L’ESCALIER...
Ce bois, je l’ai appris depuis, n’était que l’entrée d’une véritable forêt vierge s’étendant à des distances énormes dans l’intérieur du pays. J’aurais pu y marcher des années sans jamais en voir la fin. J’ai bien vu des pays, mais jamais, depuis ce jour, je ne me suis trouvé au milieu d’une telle quantité d’espèces de mes semblables! Il en grouillait de tous côtés et toutes n’étaient point d’une rencontre agréable. Comme je ne suis pas moi-même très patient, je me rappelai mon surnom d’Hercule, et distribuai à droite et à gauche quelques coups de dent bien appliqués qui me valurent un repos relatif.
Ce qui me surprenait au plus haut point, c’était la grosseur de fruits singuliers que semblaient produire certains buissons évidemment trop faibles pour les supporter sur une de leurs branches. De deux choses l’une: ou il fallait que ce fruit globulaire fût d’une excessive légèreté, ou il devait être supporté par plusieurs branches à la fois. J’étais arrêté, le nez en l’air, cherchant à me rendre compte de cette bizarrerie, quand une voix retentit à côté de moi et me dit:
—Camarade, vous bayez aux corneilles? Faites attention, ce n’est pas sain dans ce pays-ci.