Je tournai les yeux vers mon avertisseur charitable: c’était une fourmi comme moi, mais armée de deux épines pointues, relevées, qui lui donnaient une singulière figure.
—Merci, camarade, lui dis-je.
—Que regardez-vous aussi attentivement là-haut?
—Ces fruits singuliers qui pendent.
—Ça, des fruits?... Vous êtes donc étranger à ce pays, que vous ne connaissez pas les nids de plusieurs de nos pareilles?
—Oui, je vous l’avoue. Je suis né bien loin d’ici.
—Bah!... Vous avez l’air d’une bonne créature... Venez avec moi, je vous présenterai à mes amis et, du moins, pour cette nuit, vous ne manquerez pas de gîte, ce qui est dangereux, croyez-moi, dans les forêts vierges.
—Merci, cousine... Par où passe-t-on?
—Suivez-moi, et faites attention de ne pas vous casser le cou!
Elle marcha devant moi dans un sentier à peine frayé et se dirigea vers un buisson sous lequel elle passa; puis, trouvant un pied de liane inclinée et à écorce rugueuse, elle s’avança là-dessus avec autant de confiance que si elle eût marché sur un pont solide, tandis que la liane se balançait sous nos pieds comme une escarpolette. Je la suivais de mon mieux, mais à distance, car j’avais toujours peur, quand elle se retournait brusquement pour me parler ou voir si je venais, de recevoir ses épines dans les flancs.