Nous montâmes ainsi à une hauteur effrayante: au moins à cinq mètres du sol. Ce beau chemin nous amena à la porte d’un de ces nids que, d’en bas, je prenais pour des fruits, et qui étaient des globes composés avec des filaments soyeux enveloppant le péricarpe des fruits du cotonnier, un bel arbre que les savants ont nommé le Bombax ceiba. A première vue, le nid de mon amie ressemblait à de l’amadou de mon pays: c’était aussi doux et aussi moelleux que la chair du champignon lorsqu’elle est préparée par les hommes.

Je fus parfaitement reçu par les compagnons de ma Double-Épine; malheureusement la place n’était pas abondante dans leur nid, et à chaque instant je recevais des atteintes de leurs piquants, lesquelles ne me faisaient pas toujours rire et menaçaient de me rendre semblable à une écumoire dans un avenir très prochain. Enfin, je réussis à me blottir dans un coin et j’y passai la nuit dans une grande tranquillité.

Dès le jour, mon amie m’éveilla et m’emmena avec elle à la découverte. Le premier objet que j’aperçus fut, sur un grand arbre en face de nous, un énorme tonneau placé entre les grosses branches, mais beaucoup plus haut que nous.

—Qu’est-ce encore que cela? demandai-je à ma compagne.

—C’est le nid d’une espèce de notre grande famille, dont les individus sont aussi nombreux que les étoiles du ciel.

—Comme chez nous!

—Regardez encore autour de nous, vous allez apercevoir d’autres nids aussi bien faits que les nôtres. Tenez, là-bas, vers le milieu de ce palmier, sur les épines, voici deux espèces différentes. Les hommes ont appelé l’une la fourmi de Kibry (Myrmica Kibrii), du nom de celui qui l’a distinguée le premier, et la seconde, Formica merdicola, en français fourmi bâtissant d’excréments.

—Oh!...

—Ma bonne, c’est la vérité. Toutes deux, entendez-vous bien, construisent, avec des excréments d’herbivores, ces boules que vous voyez accrochées aux arbres. Elles choisissent ces matières parce que ce sont, en quelque sorte, de véritables hachis de tiges d’herbes, amollies par la digestion, et parce qu’elles ont les mâchoires trop faibles pour couper les matériaux qui leur seraient nécessaires. Et puis...

—Quoi... vous vous arrêtez?