—Pardieu si, je les ai fort bien remarqués. Vous en connaissez donc d’autres, dans des espèces différentes des Écitons?

—Certainement, j’en connais... et il ne nous faudra pas aller bien loin pour les voir. Puisque vous vous intéressez aux mœurs de nos pareilles, mon cher, je vous propose d’aller, à quelque distance d’ici, visiter les travaux admirables des Saüba.

—J’accepte, à condition qu’il n’y aura aucun danger de se montrer trop curieux.

—Aucun, je vous l’affirme; ces fourmis s’occupent de leurs affaires exclusivement et ne cherchent querelle à personne... Peut-être parce qu’elles sont de force à se faire respecter par tous! Ah! c’est un grand peuple! probablement le plus grand du monde, pour nous... et pour bien d’autres!

—Allons, je suis prêt!

—Non, voisin, pas aujourd’hui. Nous n’aurions pas le temps de visiter leurs travaux, qui sont immenses. Nous n’aurons pas trop, demain, de toute notre journée pour cela.

—A demain donc!

Je me cachai dans un coin sombre, sous des racines, afin de passer une nuit sans accident. Hélas! je ne dormis guère. Ce fut, dès que l’obscurité eut envahi la forêt vierge, un concert, ou plutôt un charivari de cris, de bruits à faire trembler les plus braves. Certes, je ne suis pas poltron, et cependant les cris vinrent quelquefois si près de ma retraite, j’entendais fouiller les feuilles si près de moi, que la frayeur me tint éveillé. Au matin, le tapage cessa peu à peu; puis, tout à coup, sans transition aucune, comme dans notre belle France, le jour se fit et le soleil inonda la terre de ses rayons.

Double-Épine parut, me cherchant du regard.

—D’où venez-vous? lui demandai-je.