—De mon nid. Pourquoi me faites-vous cette question?
Je lui racontai mon aventure.
—Enfin, dit-il en riant, vous en avez été quitte pour une belle peur! Tout est bien qui finit bien. Cependant je ne vous conseille pas de vous exposer ainsi une seconde fois, car le nombre des êtres qui nous attaquent est énorme... Vous ne vous en doutez pas, et c’est un vrai miracle qu’ils ne vous aient pas trouvé. Il faut croire que votre odeur leur est inconnue et, par suite, étrangère... Elle vous a servi de sauvegarde. Cependant, il ne faudrait pas trop vous y fier!
—Soyez tranquille, cher ami, je ne m’y fierai plus. Brrrou!... j’en ai froid dans le dos!
—Faisons notre déjeuner et partons, si vous le voulez bien.
—Je ne demande pas mieux.
Nous nous régalâmes des délicieux fruits qui gisaient autour de nous, et nous nous mîmes en route.
Double-Épine marchait comme un Basque, j’avais beaucoup de peine à le suivre au milieu des obstacles qui me barraient le chemin à chaque pas. Ses épines lui servaient beaucoup en écartant les herbes et brindilles sur son passage. J’en compris alors la haute utilité, dans ces fourrés dont les bois les plus épais de notre Europe ne peuvent donner une idée.
Enfin, après avoir longtemps marché, nous arrivons à une clairière immense au milieu de laquelle s’élève une sorte de colline ou de dôme de soixante centimètres de hauteur, allant en mourant de tous les côtés... Plus de cent cinquante hauteurs de fourmi d’élévation! Quel édifice!... Et quel peuple en construit de semblables! A mesure que nous approchions, le sol se couvrait de fourmis, et c’était, autour de nous, un mouvement admirable. Il y avait là des milliers et des milliers de créatures grouillant comme dans nos fourmilières.
—Attention! me dit Double-Épine, nous avons la chance d’assister au retour d’une expédition qui, très probablement, a couché sur le lieu de ses exploits. D’après la direction de la colonne, je pense qu’elle arrive de l’un des jardins de la banlieue, car nous ne sommes pas, ici, très avant dans la forêt.