Nous prêtions la plus grande attention à ce drame sauvage, et nous étions bien loin de penser que nous allions courir, de son fait, un péril extrême...

Voici ce qui arriva:

Au moment où la mère tamanoir sentit entre ses pattes le puma qui mourait, elle entr’ouvrit ses griffes, les sortant des chairs avec beaucoup de peine, et, repoussant d’un coup violent son ennemi mourant, elle l’envoya rouler à l’extrémité opposé de la clairière. Hélas! ce fut justement de notre côté! Arrivant, comme une masse irrésistible, sur nos herbes qu’il choque, nous tombons d’une grande hauteur et, au même instant, la vilaine bête roule sur nous...

Ce fut une terrible souffrance! A chaque tressaillement que l’agonie imprimait au puma, nous sentions aussi la vie nous quitter; son poids énorme nous brisait les membres... Quant à moi, je sentais craquer mes os, et, sans le hasard providentiel qui me fit tomber entre deux tiges de paille dure, comme en produit ce pays-là, j’étais arrivé à la fin de ma vie et de mes aventures.

Hélas! comment nous tirer de cette affreuse position? Que faire? Comment sortir de là?...

Je me sentais mourir: adieu, France! adieu, ma patrie!...

O bonheur! dans une dernière convulsion, le puma roula quelques centimètres plus bas...

Un rayon de lumière vint nous caresser!

Cependant, incapable de remuer, je demeurai là toute la nuit, sans forces et sans courage... Au matin, je me relève un peu, et, qu’est-ce que je vois, arrivant comme des nuées?... des insectes de toutes couleurs, tous avides à la curée!... Il y avait là des nécrophores qui tondaient déjà les poils du puma et en faisaient des boules pour enfermer leurs œufs; il y avait des fourmis en quantité et d’espèces les plus différentes, des mouches énormes venant pondre sur les lèvres et les narines... Que sais-je?...

Effrayé par tout ce brouhaha, je me relevai tant bien que mal et, tout gémissant de mes contusions, j’essayai de me retirer un peu à l’écart.