Ce fut un carnage sans miséricorde. Après un premier trou, les fourmis s’étant retirées au fond de leur retraite, la mère alla pratiquer une autre brèche à quelques pas, plus près du bord de la clairière, et, appelant son petit par un grognement significatif, elle le plaça au bon endroit et revint vers sa première ouverture, dont sa langue plus longue atteignait mieux le fond.
A ce moment, un nouvel arrivant déboucha dans la grande clairière. Il arrivait à pas de loup—on ferait mieux de dire à pas de chat—aucun bruit n’avait signalé sa présence; mais, en apercevant le tamanoir si bien occupé, il s’arrêta, s’allongea sur le sol et y demeura immobile comme le chat qui va fondre sur la souris qu’il guette. Il était tout près de nous: je voyais sa grosse langue rouge passer sur ses babines noires et un affreux rictus découvrait de longues canines blanches qui luisaient aux rayons de la lune... Ses yeux fauves semblaient briller comme des flammes....
Pauvre mère! gare à ton petit!... C’est là que vise le puma!...
LE FLANC OUVERT ET ROULANT DANS SON SANG.
Tout à coup, un double mouvement s’exécute à la fois; avec une rapidité que j’aurais été loin de soupçonner chez l’indolent fourmilier, d’un coup de patte la mère saisit le petit et le ramène à elle; en un clin d’œil, il est à cheval sous sa grande queue retroussée qui le cache à tous les regards... En même temps, le puma bondissait et tombait à la place que le jeune tamanoir venait de quitter.
Un peu déconvenu de cette aventure, le félin resta une seconde immobile, indécis, s’apprêtant à prendre son élan vers la mère. Ce moment avait suffi pour que celle-ci se dressât debout et s’acculât contre un arbre... Alors nous vîmes ses ongles énormes se détendre, se séparer et, semblables à des couteaux menaçants, se diriger vers son adversaire.
Évidemment le puma avait faim. Il s’élança...
Rapide comme l’éclair, la patte du tamanoir se referma sur lui, par une calotte gigantesque, et le renversa roulant à quatre pattes, le flanc ouvert et baignant dans son sang... Alors, avant que le chat eût pu se relever, la mère arriva sur lui, de ses deux mains lui étreignit la gorge qu’elle traversa de ses ongles entrelacés... Malgré les coups de griffes que le puma distribuait à droite et à gauche, mais qui portaient dans la longue toison rude; malgré quelques morsures, elle tint bon et, en cinq minutes, le félin était mort...