Je cherchai à retrouver et, par suite, à recommencer à l’envers le chemin que nous avions fait ensemble pour arriver aux Saübas; et j’y parvins assez bien pour retrouver les jardins de la ville. Ce fut pour moi, je l’avoue, une véritable satisfaction que de sortir du mato virgem, de la forêt vierge. Il y a trop d’animaux là dedans, grouillant, dévorant, sautant, gisant, piaillant, beuglant... que sais-je? C’est un enfer tout simplement pour une pauvre fourmi amie du confort et de la vie de far-niente.

XV
LE RAPIDE.—LES MOISSONNEUSES.

—Assez de Brésil! nous y laisserions notre peau... Allons nous-en!!!...

Telle fut la résolution que je pris un beau matin, lorsque les forces me furent revenues. J’avais encore, je l’avoue, une jambe qui ne fonctionnait qu’avec un peu de peine; je pensais que le repos de la traversée me serait salutaire, joint à une bonne nourriture qui ne manque pas pour nous sur les bateaux.

Je m’acheminai donc vers le port.

Il y avait loin, bien loin... La distance, jointe à la souffrance, me faisait voir tout en noir; j’étais bien triste et bien découragé; le chemin me semblait interminable... Heureusement, j’avisai à la porte d’une vanda ou auberge, sur la route, une charrette grossière chargée de sacs de sucre et arrêtée là tandis que l’attelage mangeait... L’occasion était tentante. Mais, si la charrette n’allait pas au port?... comment en sortir et me retrouver?...

—Au petit bonheur! me dis-je. Où voulez-vous qu’on mène du sucre, en ce pays, sinon à un magasin pour l’embarquer?...

Et sur cette belle conclusion je me hissai à grand’peine sur les roues pleines de la voiture et, de là, m’introduisis entre les sacs au moyen d’une courroie qui, par bonheur, pendait près de l’essieu. A peine en sûreté, je m’endormis...

Le bonheur me conduisait. Lorsque je m’éveillai, le lendemain matin, des hommes déchargeaient le sucre sur le port. Je n’eus que le temps de descendre à terre et de me cacher dans un énorme tas de cornes de bœuf qui attendait son embarquement pour Paris.

—Quel bonheur! Je reverrai la France. Je la traverserai en partie pour revoir ma lande chérie... O mon Dieu! je vous remercie!...