Leur ville est immense. Voici ce que me raconta mon porte-consigne qui me suivit en causant:
—Jeune étranger, la cité que vous allez parcourir est située dans une position absolument exceptionnelle: c’est certainement à cela qu’elle doit sa haute antiquité. Elle a bientôt un siècle d’existence! Nous comptons cela par moissons...
—Par moissons que vous décimez...
—Non. Par moissons que nous faisons.
—Je ne comprends pas...
—N’importe. Lorsque nous avons choisi un emplacement pour établir notre ferme, il arrive nécessairement que le terrain est sec ou humide. S’il est sec, nous creusons une dépression, autour de laquelle nous élevons une digue circulaire peu haute mais très large: plus haute de sept à huit centimètres et quelquefois de quinze centimètres, selon les lieux.
Cette enceinte a souvent un mètre vingt centimètres et plus de diamètre, et présente une très légère inclinaison du centre vers le bord extérieur. Si, au contraire, le sol est bas, plat et humide, exposé aux inondations, si fréquentes dans ce pays, comme nous avons besoin d’un endroit sec pour travailler, nous commençons par élever une digue en cône, pointue autant que possible, haute de quarante à cinquante centimètres, plus ou moins. C’est en haut que se trouve l’entrée de la ville.
—Ici?
—Non. Ici, c’est différent; nous sommes au milieu des rochers. En plaine, tout autour du rempart bas ou haut, nous nettoyons le sol de tout obstacle, nous unissons sa surface sur une distance d’un mètre à un mètre cinquante de l’entrée de la ville. C’est le champ de manœuvres, la grand’place telle que vous la voyez ici. Au milieu est la cité. Maintenant, c’est sur cette aire, à soixante centimètres ou un mètre en cercle, autour du centre de la digue, que nous cultivons le riz de fourmi, comme disent les hommes, parce que notre céréale—vue avec leurs lunettes pour suppléer à l’insuffisance et à la grossièreté de leurs yeux—ressemble absolument à leur riz. Nous plantons notre récolte avec le soin qu’elle mérite et nous ne laissons jamais pousser aucune autre plante dans notre enceinte. A plus de cinquante centimètres de notre ferme nous avons reconnu qu’il fallait enlever toute plante étrangère, si nous ne voulons pas en retrouver les graines dans notre riz.
—Ce gazon si bien vivant que nous traversons... c’est votre riz?...