«Je n’ai pas le moindre doute sur ce fait, et mes conclusions ne viennent point d’observations précipitées ou faites sans soin. J’ai acquis une conviction en les voyant faire ce qu’elles veulent et croyant évidemment qu’elles en attendent et en connaissent le résultat. Voilà douze ans que j’observe la même fourmilière... Tout ce que je vous ai écrit est vrai. Hier, je les ai encore visitées. La moisson de riz de fourmi pousse parfaitement: vous ne trouveriez pas, à plus de trente centimètres du cercle, un brin d’herbe ou de plante étrangère à la récolte cultivée par mes voisines. Maintenant, concluez!»
XVI
AU SÉNÉGAL.—N’DIEN.—LE PYTHON.
Je demeurai quelques jours dans le verger; mais, par deux ou trois aventures qui faillirent m’arriver, je jugeai que le séjour au milieu de ces gros bœufs qui piétinaient en aveugles toute cette campagne, était malsain pour nous autres fourmis. Cela me fit penser encore à notre petit bois si tranquille, à notre belle lande de Para, qui s’étend devant la maison maternelle, à la France, en un mot.
—Assez d’Amérique et d’aventures!... Retournons au pays, si Dieu le permet! En route... du courage et retournons au port; le Rapide nous emportera!
Et me voilà marchant à toutes jambes le long de l’interminable rue que j’avais déjà parcourue la semaine précédente...
Et le Rapide!
Parti!!!... ô malheur!
—Maintenant, où aller? Rester à rôder sur le port, c’est bien dangereux; les ennemis y pullulent... un seul navire est à quai. Où va-t-il? Atteignons les pancartes... Au Sénégal! Grand Dieu!!! en Afrique!... Non! jamais je n’oserai! Attendons quelque autre bateau, il n’en peut manquer...
J’attendis au milieu des tribulations de toute sorte, des angoisses de nuit et de jour, des dangers de chaque instant... Aucun navire ne se montrait, et, pour comble de malheur, le Sénégalais appareillait!
—Seigneur! Seigneur! criais-je comme Jérémie, quel parti prendre? L’Afrique!... Une pauvre fourmi n’y sera pas en vie au bout de cinq minutes... Hélas! maudite curiosité... où m’as-tu conduit?...