—Hélas! cousin... c’est là le malheur de notre vie! D’autant plus que les bœufs, notamment, sont très friands de notre riz.

—Hé bien! que faites-vous alors?

—Nous souffrons! nous mourrons de faim l’hiver... Ainsi s’en vont rapidement les belles colonies de fourmis agricoles (Atta malefaciens du docteur Lyncœum); seules, quelques villes établies comme celle-ci dans un site inexpugnable, dans un enclos, peuvent résister, et encore!... Une fois l’enclos dévasté, nous mourrons.

—Mais pourquoi ne pas fuir?

—Fuir! Où? Est-il un endroit où le bœuf, qui pullule dans ce pays, ne puisse venir dévorer nos moissons?

—Que faites-vous pendant la saison humide?

—Nous prenons soin de nos magasins. Dès qu’un rayon de soleil brille, tout le monde apporte les grains, qu’il faut faire sécher, et ceux qui sont mouillés sont nombreux, malgré toutes les précautions prises. Si quelques-uns sont germés, nous n’y touchons jamais, nous les emportons loin de l’enceinte de la ferme, et nous les jetons. Ces grains ne sont plus bons à rien.

—Alors vous savez prévoir les conséquences de ce que vous entreprenez?

—Mais vous pouvez en juger. Ce bonhomme que je vous ai montré là-bas, c’est le docteur Lyncœum. Un jour, il reçut une lettre d’un autre homme nommé Darwin, qui lui demandait s’il croyait que les fourmis agricoles plantassent leurs grains pour la saison suivante. C’était absurde, cette question. Mais, enfin... Il y a, parmi les hommes, des gens qui ont de si singulières idées!...

Le bonhomme Lyncœum lui répondit ceci: