Dans le coeur de ce sauvage enfant de la nature, habitué à ne reconnaître d'autres lois que celles de ses passions et de ces caprices, son amour pour la jeune fille et sa haine pour un rival se livraient un violent combat.

Soudain le Castor releva la tête.

--Ma soeur sera obéie, dit-il avec effort: elle partira avec le guerrier pâle.

Et, se baissant vers les prisonniers, il se mit en devoir de couper leurs liens lorsqu'une main pesante s'appuya sur son épaule.

Le Castor se releva d'un bond. Il se trouvait en présence de l'Oeil-Sanglant.

--Le Castor est généreux! dit celui-ci avec ironie; il donne la liberté à des prisonniers qui ne lui appartiennent pas.

--Trêve de railleries! s'écria le jeune Indien; maintenant que l'Oeil-Sanglant a surpris mes desseins, je n'ai plus besoin de les cacher. Oui, je veux délivrer les prisonniers!

--Ces prisonniers m'appartiennent. Le conseil des chefs les a condamnés à être attachés; ou poteau du sang.

--Le conseil des chefs?... Le Castor n'y assistait pas, et cependant le Castor est un chef. D'ailleurs, que m'importent vos décisions? Les Enfants perdus sont des chiens; mon coeur les méprise depuis qu'il les connaît!

--Le Castor est un traître, et comme un traître il mourra! dit Oeil-Sanglant en faisant un pas vers le jeune homme.