Le Castor considéra quelques instants cet homme d'un air attendri, puis lui posa la main sur l'épaule.

Le vieillard tressaillit..

--L'esprit de mon père est occupé, dit le Castor; Il ne s'aperçoit pas de la présence de son fils.

--Oui, répondit le vieillard en étreignant le jeune homme sur sa poitrine. L'esprit de Donnahcomah est triste; il songe aux Indiens dont la puissance décroît de jour en jour.

--Que mon père chasse ces tristes pensées: le sang des jeunes hommes bouillonne dans leurs veines!

--Que mon fils m'écoute! dit Donnahcomah; je suis vieux, et à mon âge, sur le seuil des prairies bienheureuses, l'esprit acquiert plus de lucidité. Les visages pâles sont avides: la terre est trop petite pour eux. Un jour viendra où ils la couvriront: tout entière, et alors les fils rouges du Grand-Esprit auront vécu.

--Les Indiens sauront se défendre, mon père!

Le vieillard secoua la tête.

--Les visages pâles sont très-puissants; leur médecine est meilleure que celle des pauvres Indiens; ils vaincront... Mais laissons ces tristes idées... Pourquoi mon fils vient-il me voir?

--Il vient demander conseil à son père.