--Qui dura?...
--Plus d'une semaine, mais les Indiens furent si vertement repoussés qu'ils n'y revinrent plus. Ils ont préféré m'avoir pour ami, et voilà plus de dix ans que je vis en bonne intelligence avec eux. Je fais même, par adoption, partie de la grande tribu des Iroquois-Yakangs.
--Vraiment!... Et quels sont ceux qui vous ont si vivement attaqué aujourd'hui?
--Oh! ceux-là, dit le Marcheur en crispant le poing, je les retrouverai: j'ai un vieux compte à régler avec eux.
--A quelle tribu appartiennent-ils?
--A quelle tribu?... A aucune. Ils font partie d'un clan d'environ deux cents mauvais drôles, ramassés de la lie de toutes les tribus indiennes, de métis de la pire espèce, et même de quelques blancs qui auraient un compte sévère à rendre à la justice de leur pays. Les Peaux-Rouges des tribus les craignent et les haïssent; ils les connaissaient sous le nom d'Enfants perdus.
--Quel motif les poussait à vous attaquer?
--La haine instinctive que tous les brigands ont pour les honnêtes gens, fit le trappeur d'un air convaincu. Outre cela, je crois qu'ils me gardent rancune d'avoir logé une balle dans l'oeil d'un de leurs chefs.
--Vous m'en direz tant! fit Raoul de Valvert en souriant.
--Nous voici au fleuve; il s'agit de le traverser. Ce n'est pas difficile, mais encore faut-il savoir où poser le pied. Je vais passer devant et vous montrer le chemin.