"Un peu ranimé par cette pensée, je me mis en quête, espérant trouver un protecteur parmi les belles relations que je possédais. Un jour, en cherchant parmi les papiers de mon père les traces de relations de famille, quelques plis jaunâtres attirèrent mon attention. Je les ouvris et, jugez de ma surprise! c'était une liasse de lettres écrites à mon grand-père par son cousin, camarade et ami d'enfance, l'une des pures gloires de notre pays, le marquis de Montcalm."

--Montcalm, le défenseur du Canada?

--Lui-même; l'une de ces lettres était datée de 1758 et fut pour moi un trait de lumière. A cette époque, l'Angleterre faisait tous ses efforts pour nous ravir le Canada et bientôt elle allait réussir, malgré les incroyables traits d'audace et de bravoure de Vaudreuil et de Montcalm. Lord Chatham, ministre anglais, comprenant tout le parti que l'on pouvait tirer de cette belle contrée, armait ses flottes les plus puissantes et rassemblait sur les frontières du Canada une armée de soixante mille hommes. Pendant ce temps, le ministère français adressait au gouverneur de Québec, qui lui demandait des secours, cette incroyable lettre:

"Je suis bien fâché d'avoir à vous mander que vous ne devez point espérer de recevoir de troupes de renfort; outre qu'elles augmenteraient la disette des vivres, que vous n'avez que trop éprouvée jusqu'à présent, il serait fort à craindre qu'elles ne fussent interceptées par les Anglais dans le passage, et comme le roi ne pourrait jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les efforts que l'on ferait ici pour en procurer n'auraient d'autre effet que d'exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s'est acquise dans cette partie du continent."

--C'est incroyable!

--Cela est... Et cependant, malgré cet indigne abandon de la France, les Français tenaient en échec, au Canada, toutes les forces de l'Angleterre. M. de Beaujeu gagnait la bataille de Monongahela: en 1756, Montcalm s'emparait du fort Oswégo; en 1757, de celui de W. Henry; en 1758, il défendait le fort de Carillon contre le général anglais Abercromby et le forçait à lever le siège... Malgré tout son courage, la misère et la disette devait venir à bout de lui!

"Un moment, Montcalm crut pouvoir continuer la guerre avec ses propres ressources, grâce à une révélation ignorée. C'est précisément à ce fait que se rapportaient les lettres que j'avais trouvées. Je puis vous lire un passage frappant de l'une d'elles."?

Et Raoul, prenant dans son portefeuille un papier jauni, le déploya lentement et lut ce qui suit:

--"J'ai fait tenir au ministre que s'il ne nous envoyait point de renfort les Anglais s'empareraient de Québec dans la campagne de l'année prochaine. Vous comprenez, mon ami, qu'on ne peut faire longtemps l'impossible... Tous nos hommes sont à la demi-ration, et je prévoit le moment où les vivres devront encore être réduits... Cependant je ne désespère pas... le ciel va me venir en aide puisque le ministère m'abandonne. Je suis peut être à la veille de posséder assez d'argent pour soutenir cette guerre encore pendant longtemps et même lui donner l'énergie et la rapidité qui lui manquent, à mon gré. Telle est la voie de la Providence. Ces jours derniers, on introduisit auprès de moi un pauvre diable de Français qui, parti de Québec depuis plus d'un an, s'était enfoncé dans les prairies de l'Ouest peuplées par les Indiens. Cet homme m'a assuré que vers le 83e degré de longitude et le 47e de latitude, dans une petite chaîne de collines au milieu d'une plaine immense, se trouve une grotte remplie de poudre d'or. Cette grotte, il l'a vue, il y est entré... Malheureusement pour lui sa curiosité lui a coûté sa chevelure, car les Indiens, qui veillent sur ce trésor, après une poursuite acharnée qui dura trois jours, l'atteignirent et le scalpèrent. Il me mènera au trésor et me l'abandonnera, pourvu que je lui en laisse la dixième partie; car seul, sans soldats, il ne peut le conquérir. Tel est le fait mystérieux dont je vous confie le secret, mon cousin. Maintenant cet homme a-t-il dit la vérité? Je n'en sais rien encore, mais le fait a assez d'importance pour que je m'en assure. Au premier moment de répit, j'organiserai une expédition que je conduirai moi-même, avec l'homme que j'ai gardé, vers la grotte bienheureuse."

"Or, mon cher ami, continua Raoul en renfermant la lettre dans son portefeuille, cette expédition ne fut jamais faite, car, l'année suivante, Montcalm tombait sur le champ de bataille en même temps que son adversaire le général anglais Wolf.