--Pied Agile le sait.

--Bien! Mon frère ira trouver le grand chef yakang et lui dira qu'un ami l'engage à retourner de suite à son village.

--Mon frère sera obéi, dit Pied-Agile.

Et jetant sa lance sur son épaule disparut dans les hautes herbes.

Quant au Castor, il doubla le pas et reprit sa place à la tête de ses guerriers, les guidant à travers les sombres dédales de la forêt.

V.--LA SURPRISE.

La Flèche-Noire, chef de la guerrière tribu des Yakangs, avait établi son village à proximité d'un cours d'eau assez considérable coupant une plaine immense semée de buissons, d'arbres isolés, et couverte des hautes herbes qui rendent fertiles les territoires de chasse. Comme tous les villages indiens, dit celui-ci n'offrait aucun plan régulier, chaque famille choisissant la place, l'arbre qu'elle jugeait à sa convenance et y établissait sa demeure, sorte de hutte au toit pointu, construite au moyen de piquets de bois et de peaux de bison bariolées de couleurs différentes. Vu de loin, l'ensemble de ces huttes faisait songer à une immense réunion de ruches éparpillées dans une forêt aux arbres rares.

Au centre du village, un espace assez grand avait été laissé vide et formait une sorte de place circulaire autour de laquelle s'élevaient plusieurs huttes plus spacieuses que les autres. C'étaient d'abord les wigwams des principaux chefs de la tribu; puis deux constructions plus vastes que les autres et se faisant vis-à-vis. L'une, édifice carré construit en terre séchée au soleil et dure comme la pierre, était la loge de la médecine, antre mystérieux où le Grand-Esprit se faisait visible et où s'accomplissaient les mystères les plus redoutables.

Le second wigwam portait deux une lance fichée sur l'extrémité du toit et un trophée de chevelures ennemies, indiquant que leur propriétaire était un des personnages les plus considérables de la tribu. Et, en effet, cette hutte était la demeure de la Flèche-Noire, le premier sachem des Yakangs.

Enfin pour compléter notre rapide description, nous ajouterons qu'une haute palissade formée de branches d'arbres entourait le village, lui servant de limites et en même temps de rempart.