--Que ma fille s'explique, dit-elle, car à mon tour je ne la comprends pas.

La jeune fille baissa la tête et sembla se recueillir pendant quelques instants.

--Que ma mère ouvre les oreilles, dit-elle tout à coup, je vais lui montrer le fond de mon coeur.

"Il y a déjà quelques lunes, j'errais par la prairie en dehors du village, écoutant la douce chanson des oiseaux et les voix qui sortent du fleuve. Le soleil, protecteur de notre race, brillait au ciel et embrasait l'atmosphère. Bientôt accablée par la chaleur suffocante, je dus m'asseoir à l'ombre d'un buisson d'églantiers, où je ne tardai pas à tomber dans cet état de somnolence qui n'est plus la veille, mais n'est pas encore le sommeil. Combien de temps restai-je ainsi? Je ne sais. Tout à coup il me sembla entendre un faible bruit auprès de moi, mais si faible qu'il arrivait à peine à mon oreille. Je crus rêver et n'ouvris pas les yeux, bientôt une voix douce comme la brise qui joue dans le feuillage s'éleva au centre du buisson qui me protégeait, chantant sur un air plaintif:"

O toi qui sans crainte repose

Sous l'ombrage que font les roses

Abritant ton front abattu,

Me connais-tu?

Pour voir encore ton doux visage,

Jeune fille, vers ton village