Et s'avançant à la rencontre de Oeil-Sanglant elle fit tournoyer son tomahawk pendant une seconde, puis le lança de toute sa force contre l'Indien.

Mais celui ci était sur ses gardes. D'un bond de côté, il évita l'arme meurtrière, qui alla briser la tête d'un Enfant perdu placé derrière lui. Devenant agresseur à son tour, Oeil-Sanglant se rua comme une bête fauve sur l'Abeille désarmée, l'étreignit dans ses bras puissants et la terrassa.

C'en était fait de l'Indienne. Déjà sa chevelure était menacée par le terrible couteau de son ennemi, lorsqu'un tomahawk lancé avec une adresse inouïe vint briser l'arme dans la main de l'Oeil Sanglant.

Celui ci poussa une exclamation de colère et tourna les yeux du côté d'où le coup était parti.

--Le Castor! murmura t-il; c'est lui! Un jour sa chevelure ornera mes mocassins et ses os me serviront de sifflet de guerre.

Mais le mouvement qu'il avait fait avait suffi à l'Abeille pour se dégager, et, preste comme une biche poursuivie par les chasseurs, elle escalada le retranchement et se réfugia auprès de sa fille, dans la loge de la médecine.

Les Enfants perdus s'élancent sur sa trace et essayent de monter à i'assaut. Mais les Yakangs, combattant avec le courage du désespoir et ayant pour eux la supériorité de la position, les forcent à reculer.

Tout à coup un cri de guerre retentit derrière le retranchement et une grande lueur illumine la nuit. C'est le Serpent qui a conçu un plan diabolique pour vaincre la résistance de l'ennemi. Tournant la position, il jette adroitement quelques torches enflammées sur le retranchement, lequel, composé en grande partie des piquets de bois des wigwams, prend feu en un clin d'oeil.

A cette vue, le découragement gagne les Yakangs: ils comprennent que leur défaite n'est plus qu'une question de temps. Plusieurs d'entre eux, avec la témérité du désespoir, tentent une sortie par un point du retranchement que le feu n'a pas encore envahi et essayent de se faire jour à travers les rangs ennemis. Mais ils se voient refoulés au milieu du cercle de flammes.

Les Enfants perdus, jugeant leur victoire certaine, entonnent leur chanson de guerre et exécutent la danse du scalp autour du brasier. La lueur des flammes découpe dans la nuit leurs silhouettes grimaçantes, qui passent et repassent, semblables à une bande de démons.