"--Etes-vous blessé, chef? dis-je alors à l'Indien.
"--Oui, répond faiblement la Flèche-Noire. Je suis atteint de deux balles et je ne puis plus marcher. Que mon frère parte et me laisse mourir; voici les pas de nos ennemis qui se rapprochent.
"--Vous laisser mourir, allons donc? Ces briqands n'auront pas encore votre chevelure cette fois-ci. Laissez-moi faire!"
"Prenant la Flèche-Noire sur mon épaule, je continuai à fuir après avoir rechargé ma carabine.
"--Nos ennemis sont loin, me dit le chef des Yakangs; ils ne peuvent nous voir. Que mon frère change de route et qu'il se dirige vers l'ouest: il se rapprochera de mon village et il fera perdre ses traces."
"Ce conseil fut immédiatement suivi par moi. J'entendis le galop des chevaux passer à cinq cents pas vers la gauche, puis s'éteindre peu à peu dans l'éloignement. Nos traces étaient perdues... nous étions sauvés!
"Le lendemain, au point du jour, chargé de mon précieux fardeau, j'arrivai au village de: Yakangs.
--Je ne vous décrirai pas la réception que ces braves gens me firent: vous en aurez un échantillon dans quelques jours.
"Lorsque le chef eut raconté la manière dont je lui avais sauvé la vie, tous déclarèrent que je surpassais en courage le: guerriers les plus renommés. Ils m'adoptèrent dans une cérémonie solennelle et me donnèrent le titre de second chef de la tribu après la Flèche-Noire. Quant à celui-ci, il échangea avec moi son calumet de conseil, me fit don d'un costume de guerre complet, m'embrassa sur les lèvres et déclara qu'à l'avenir je serais son frère, et qu'il regarderait comme personnelle toute injure qui me serait faite.
"Voilà comment je devins guerrier iroquois, position qui m'a déjà procuré et me procure encore journellement des avantages immenses. Chaque fois que je vais les visiter, ces braves gens me témoignent une amitié et un respect vraiment touchants, et jamais ils ne prennent une résolution importante sans m'envoyer un messager pour m'engager à assister à leur conseil.