"Vous voyez donc, monsieur le marquis, que je ne crois pas trop m'avancer en vous promettant l'appui des Yakangs".

VII.--LA LOGIQUE DU TRAPPEUR.

En causant ainsi, les heures passaient et les voyageurs s'apercevaient moins de la longueur de la route. De temps en temps, quand les environs n'offraient rien de suspect au Marcheur, il permettait à ses nouveaux amis de faire parler leurs carabines, car, sur ces territoires indiens, le gibier ne manquait pas.

Vers le milieu du quatrième jour, les amis étaient nonchalamment assis à l'ombre d'un bouquet de peupliers, quand tout à coup le trappeur, se baissant vivement, colla son oreille contre le sol.

--Qu'y a-t-il? demanda Raoul surpris.

--Avant une demi-heure, monsieur le marquis, vous assisterez à un spectacle nouveau pour vous.

--Lequel?

--Le passage d'un troupeau de bisons. Si le coeur vous en dit, vous aurez l'occasion de faire là quelques beaux coups de carabine. La seule recommandation que je vous adresserai est celle-ci: prudence! Le bison blessé est un animal dangereux.

--En vérité, mon ami, vous me traitez en enfant gâté. Nous avons déjà rencontré quelques-uns de ces animaux,--témoin le vêtement que porte Thémistocle,--mais j'avoue que j'ignore complètement leurs moeurs et leurs habitudes.

Les bisons se rapprochaient; leurs pas faisaient trembler la terre et produisaient un bruit semblable au grondement d'un tonnerre lointain.