--Compagnons, dit le trappeur, dans quelques minutes les animaux seront en vue; il est temps de prendre nos postes de combat. Comme nous avons le vent favorable, j'espère que la chasse sera bonne.

Avec l'habileté consommée d'un chasseur infaillible, le Marcheur choisit son embuscade et assigna leur place à ses compagnons.

Une légère ondulation de terrain, formant dans la plaine un large sillon, venait par une pente insensible aboutir au bord du fleuve et mourir en une plage sablonneuse, entourée de roseaux gigantesques, de débris végétaux et de grandes feuilles de nénuphars.

Raoul et le trappeur, la carabine armée au poing, se cachèrent à droite dans les roseaux, tandis que Thémistocle prenait plus à gauche.

--Les bisons viennent vers le fleuve, dit le trappeur; ils suivront ce sentier naturel qui coupe la plaine et qui aboutit à cette plage. Laissons-les approcher et entrer dans le fleuve sans les inquiéter; un coup de carabine tiré hors de propos pourrait, en les effrayant, leur faire rebrousser chemin. Maintenant, à bon entendeur salut! et faisons silence.

Le vieux coureur des prairies ne s'était pas trompé; le bruit continuait à grandir. C'était un ouragan, une trombe formidable, qui semblait tout engloutir sur son passage.

--Attention! dit le Marcheur à voix basse.

Raoul eut grand'peine à retenir un cri d'admiration prêt à jaillir de sa poitrine.

Les bisons faisaient leur entrée sur la petite plage où se tenaient les chasseurs. Les superbes animaux arrivant au galop, broyant les cailloux sous leurs pas et i'entourant d'un épais nuage de poussière. La queue battant leurs flancs, les yeux aveuglés par leur toison rabattante, ils allaient comme la personnification de la force aveugle et brutale qui marche entre des obstacles.

Sans se laisser arrêter par le fleuve, les bisons s'engagèrent résolument dans l'eau, s'efforçant de gagner l'autre rive à la nage.