--Feu! cria le Marcheur; les bisons sont trop avancés maintenant; ils ne reculeront plus. Trois coups de carabine retentirent et trois bisons tombèrent, se roulant dans les convulsions de l'agonie.
Quelques instants après, une nouvelle décharge se fit entendre et abattit trois nouvelles victimes; mais deux d'entre elles se relevèrent bientôt.
--Quel malheur! dit le trappeur; voilà deux belles bêtes qui vont aller sur l'autre rive servir de pâture aux loups et aux corbeaux; c'est dommage!
--Non pas, s'il vous plaît, dit le marquis; je me charge d'achever au moins l'une d'elles.
En disant ces mots et malgré les efforts du Marcheur pour le retenir, Raoul quitta sa touffe de roseaux et s'élança le couteau de chasse à la main, vers l'animal qui gagnait le fleuve.
Thémistocle, poussé par la même idée, exécuta une manoeuvre semblable à celle de son maître.
--Morbleu! s'écria le trappeur avec un juron formidable et rechargeant précipitamment sa carabine, morbleu! un malheur va arriver. Là! je le disais bien!
En effet dans sa course, Raoul s'était embarrassé dans les hautes herbes du rivage et était tombé lourdement sur le sol. Le bison poursuivi, rendu furieux par sa blessure et voyant son ennemi à terre, s'était élancé de rage sur le marquis et allait infailliblement le broyer sous ses pieds.
La situation était critique; heureusement le trappeur veillait. Au moment où le marquis se voyait voué à une mort certaine, la balle du Marcheur passa en sifflant auprès de l'animal furieux.
--A l'autre! fit le trappeur.