Tournant alors ses yeux vers le bord de l'eau, il poussa un cri d'admiration terminé par un immense éclat de rire.
Thémistocle s'était élancé à la poursuite du bison blessé, L'animal allait atteindre l'eau lorsque le nègre, lançant contre lui sa lourde massue, l'atteignit par le travers du corps. A cette nouvelle agression, l'animal, furieux, fit volte-face et s'élança contre son ennemi.
Mais le brave nègre, auquel on aurait pu appliquer l'expression d'impavidus vir du poète, impassible et inébranlable, attendit le choc de pied ferme.
Au moment où l'animal baissait la tête pour le frapper, Thémistocle le saisit adroitement par les cornes et, pesant de toute la force de ses muscles d'acier, parvint à le maîtriser complètement: puis, après quelques instants de réflexion, il se prit à heurter son front contre la tête du bison comme s'il eut voulu a lui briser. Mais, si Thémistocle avait la tête dure, l'animal l'avait encore plus dure que lui, et la lutte ne pouvait se continuer de cette façon avec avantage pour l'homme.
Par une manoeuvre savante et bien combinée, le nègre alors entraîna le bison vers l'endroit où sa massue était tombée, puis il lâcha les cornes. Au moment où le bison se relevait, l'arme redoutable du nègre s'abattit sur lui et le foudroya.
--Tiens! dit Thémistocle en considérant l'animal, lui bouger plus!
--Cela lui serait difficile, répondit le Marcheur qui arrivait sur le théâtre de la lutte; il est mort... Tudieu! quel moulinet!...Ah! Thémistocle, vous irez loin avec un poignet pareil!
--Ce n'est rien, répondit Thémistocle d'un air modeste; pauvre nègre avoir deux frères plus forts que lui.
--Enfin tout est bien qui finit bien; mais, croyez-moi, que ceci vous serve de leçon. Une autre fois, soyez plus prudent et souvenez-vous qu'il ne faut jamais attaquer à découvert le bison blessé. En attendant, nous avons là six bosses et six langues qui, accommodées à la manière indienne, ne sont pas a dédaigner. Nous allons nous en convaincre sans retard.
Le marcheur alors creusa dans la terre un trou d'environ deux pieds de profondeur et le remplit à moitié de bois mort auquel il mit le feu. Lorsque tout le bois eut été converti en braise ardente, notre cuisinier improvisé étendit dessus une couche de sable, plaça une des bosses de bison sur ce sable et finit de remplir le trou avec de la terre.