On procéda immédiatement à l'adoption du marquis. Vu son état de faiblesse et les observations du Marcheur, les épreuves usitées en pareil cas furent supprimées. La Flèche Moire, s'approchant du jeune homme, l'embrassa sur les lèvres et lui fit don d'un costume complet de guerre. En échange, Raoul donna un de ses pistolets, que l'Indien reçut avec les marques de la plus vive satisfaction.

Le sorcier, s.'approchant à son tour, se mit en devoir de pratiquer l'opération du tatouage.

--Hum! monsieur le marquis, dit le trappeur, voilà un mauvais quart d'heure à passer. Mais il y a des circonstances où l'homme doit savoir souffrir sans se plaindre...

Le sorcier mit à nu le bras du jeune homme et, lui piquant la peau à l'aide d'une épine d'acacia trempée dans le suc de certaines plantes, lui dessina les figures emblématiques de la tribu des Yakangs. Pendant ce temps, les chefs et les principaux guerriers dansaient autour de l'estrade, poussant des cris discordants.

--A quoi bon tout ce vacarme? demanda Raoul.

--A empêcher les plaintes que la douleur pourra vous arracher de parvenir aux oreilles des gens de la tribu.

--Alors, mon ami, faites cesser ce tapage. Je veux montrer aux Indiens qu'un blanc est aussi capable qu'eux de souffrir sans se plaindre.

Et en effet, pendant toute la durée de l'opération, le jeune homme ne proféra pas une plainte, malgré la douleur cuisante que lui causait la liqueur corrosive. L'opération terminée, il fut conduit dans la loge de la médecine, où il demeura enfermé toute la journée, afin, disait le sorcier, de s'entretenir avec le Grand-Esprit.

Lorsqu'il en sortit, le soir, Raoul faisait partie de la puissante tribu des Yakangs.

Pour fêter cet heureux jour, un grand feu fut allumé sur la place, et les danses et les jeux se prolongèrent pendant une partie de la nuit.