Cet ombre n était autre que Martin, l'ours grizzly du Marcheur. Le brave animal, fuyant les ardeurs du jour, dormait paisiblement au frais dans la hutte, lorsque des pas inconnus lui avaient fait dresser l'oreille, tandis que son odorat, d'une finesse merveilleuse, lui révélait un ennemi.
Dans sa grosse cervelle d'ours, le brave Martin s'était probablement tenu un raisonnement comme celui-ci:
--Quelqu'un approche... ce n'est point mon maître... ce n'est point non plus aucun des amis de mon maître, car les pas et les voix que j'entends me sont inconnus... Hum! Martin, mon ami, ces gens-là ont de mauvaises intentions. Souviens-toi que ton maître t'a proposé à la garde de son habitation.
Et, sûr de la justesse de son raisonnement, le brave animal avait étouffé le premier inconnu qui s'était présenté, et cela si rapidement et avec si peu de bruit, que les compagnons du Loup, faisant le guet au dehors, n'avaient rien entendu.
Au bout de quelques instants, ils entrèrent.
Le second Indien qui se présenta subit le même sort: mais le troisième, averti par un grognement, eut le temps de se mettre sur la défensive et de brandir son tomahawk, faible arme pour un tel adversaire. Martin ne s'inquiéta même pas d'éviter le coup qui lui était destiné; il le reçut au milieu du front, sûr que son crâne pouvait supporter une pareille caresse, puis, d'un coup de griffe il éventra l'Indien.
Cet exploit accompli, Martin secoua la tête, s'étendit en travers de la porte et, après s'être léché les pattes pendant quelques instants, reprit son somme interrompu.
Au coucher du soleil, le Marcheur arrivait au cirque de pierre.
--Oh! oh! qu'est-ce à dire? s'écria-t-il; des pas humains! Quelqu'un chez moi!
Et, le coeur plein d'inquiétude, il franchit en courant le couloir. Sur le seuil, il trouva son ours qui l'accueillit avec toutes les démonstrations d'une joie des plus vives.