Mais la trombe, continuant toujours sa marche, rencontra tout à coup la colline. Le choc la fit reculer, comme étonnée de cette résistance imprévue; puis, réunissant ses efforts, elle revint de nouveau à la charge. Mais le cercle de collines tint bon. La colonne battit encore une fois en retraite, s'arrêta quelques instants au milieu de la plaine comme pour examiner l'ennemi; puis, reconnaissant sans doute l'inutilité de ses attaques, elle sembla hésiter, oscilla lentement sur elle-même et enfin tournoya en sens inverse; elle changea de direction et continua sa course furieuse vers les régions de l'Ouest, dévastant tout sur son passage.

Quelques minutes après, comme si la trombe eût formé l'arrière-garde de l'orage, la pluie cessait, le voile noir qui couvrait le ciel se déchirait et, sur l'azur mis à nu, le soleil dardait ses derniers rayons pour consoler la terre des souffrances qu'elle venait d'éprouver.

La Flèche-Noire, le Marcheur et Thémistocle ne tardèrent pas à revenir au sentiment de la réalité. Encore frissonnants du danger qu'ils avaient couru, ils jetèrent un regard autour d'eux et un cri de désespoir jaillit de leur poitrine...

Raoul et Fleur-de-Printemps avaient disparu.

XII--RUSES DE GUERRE.

--Ils sont morts! s'écria le trappeur. L'ouragan les a broyés dans ses tourbillons! Qui sait si nous retrouverons même les cadavres!

La Flèche-Noire, à genoux sur le sol, examinait attentivement la place qu'avaient occupée sa fille et le jeune homme.

Tout à coup il se releva en poussant un cri de rage.

--Qu'y a-t-il? demanda le trappeur.

--Mon frère avait raison; le chef Yakang a manqué de prudence... Les ennemis nous suivaient et ce sont eux qui ont enlevé ma fille et le guerrier pâle. Que le Marcheur regarde.