Cependant, quelque critique que fût la position de nos amis, elles n'étaient rien en comparaison de celles de deux hommes qui, à cent pas de l'abri de rochers, bravaient en rase campagne les efforts de la tempête. Couchés à plat ventre sur la terre pour donner moins de prise au vent et cramponnés l'un à l'autre, ils tenaient obstinément leurs yeux fixés sur la retraite des Yakangs.
Quels étaient leurs desseins? Nous avons appris du métis Scott que, chargé de négocier une alliance entre les Hurons et les Enfants perdus, il avait réussi sans difficulté. Les Hurons et les Yakangs étaient ennemis, sans doute depuis l'origine de leur race. Entre eux, la guerre--bien qu'interrompue par des trêves assez fréquentes--était éternelle, car elle avait pour but la suprématie de l'un des deux peuples dans le désert. De plus, le Nuage-Blanc, comme chef, haïssait personnellement la Flèche-Noire, dont il enviait la réputation et les hauts faits. Il avait donc accepté avec empressement l'alliance des Enfants perdus. Il avait quitté son village en compagnie de son fils, pendant que dix guerriers hurons rejoignaient les débris de la troupe de l'Oeil-Sanglant.
Ces hommes qui marchaient depuis le matin dans la piste de la Flèche-Noire, et qui avaient si bien su dissimuler leur présence aux yeux clairvoyants du trappeur, étaient le Nuage-Blanc, chefs des Hurons, et l'Oiseau-du-tonnerre, son fils, un jeune homme, presque un enfant, qui n'avait pas encore conquis le titre de guerrier.
Pendant la plus grande partie de la journée, le Nuage-Blanc et l'Oiseau-du-Tonnerre avaient suivi la caravane à environ cinq cents pas en arrière, et cela si habilement que personne ne s'était douté de leur présence, lorsque auprès de la colline l'orage était venu les assaillir.
Nous les avons vus, sous la pluie et les éclairs, couchés sur la terre pour n'être point emportés par le vent, supporter sans faiblir la fureur des éléments plutôt que d'abandonner leurs desseins.
Cependant les Yakangs, terrifiés par la tempête, se cramponnaient de toutes leurs forces aux parois des rochers, lorsque tout à coup la voix du trappeur domina le bruit de l'ouragan.
--La trombe vient droit sur nous! cria-t-il; du sang-froid, mes amis!... A plat ventre sur la terre, ou nous sommes perdus.
En effet, la trombe, qui, vue de loin, semblait n'avancer qu'avec lenteur, marchait, vue de près, avec la rapidité d'un cheval lancé au galop. Son large pied appuyé sur le sol, elle montait jusqu'au ciel par une spirale immense et s'avançait en tourbillonnant avec un mugissement terrible.
Les Indiens frissonnaient, se sentant perdus.
Bientôt la trombe atteignit leur retraite et les enveloppa dans ses replis. Cramponnés aux aspérités du sol, haletants, suffoqués sous cette formidable pression, les voyageurs fermèrent les yeux et perdirent connaissance, se croyant voués à une mort certaine.