--Ruses de guerre. Les coquins sont adroits, mais ils ne connaissent pas le vieux limier.

--Nègre comprend pas! disait le noir suivant cette scène d' un air ébahi.

--Voyez ces empreintes. Pour vous, elles signifient que des hommes ont passé là, voilà tout. Pour moi, elles ont un autre sens, parce que les Indiens en marche prennent mille précautions pour effacer toute trace de leur passage. Ici ces traces semblent multipliées à plaisir; c'est pour nous donner le change. De plus, toutes ces empreintes sont égales; elles ont donc été faites par le même pied, par un seul homme. La troupe des Hurons n'est point passée par ici.

La Flèche-Noire fit un signe d'assentiment.

--Voici ce que je pense. Le Nuage-Blanc est arrivé au bord du fleuve. Un de ses hommes l'a traversé pour laisser la fausse piste; pendant ce temps, le reste de la troupe a suivi la lit même de la rivière. Qu'en dit mon frère?

--Le Marcheur est un véritable Indien; rien ne lui échappe.

--Maintenant une dernière question se présente. Les Hu rons ont-ils descendu ou remonté le fleuve?... A mon avis, ils l'ont remonté, parce qu'en amont l'eau est moins profonde qu'en aval et qu'ils avaient des prisonniers... Si mon frère le veut, nous suivrons ce chemin.

--Notre frère a raison, dirent les Indiens en entrant dans l'eau.

Pendant plus d'une demi-heure, ils remontèrent le fleuve, luttant contre la violence du courant, très-fort en cet endroit, et explorant avidement les deux rives.

--Hourra! s'écria tout à coup le trappeur montrant à ses amis la trace d'un pied humain imprimé sur la berge. Le Nuage-Blanc est revenu sur ses pas et s'est rapproché des collines. Maintenant nous tenons la piste, nous les atteindrons.