Sa société me rendit plus agréable encore le séjour de Montréal, car il m'avait offert une place à sa table entre deux jeunes et jolies veuves, qu'il accompagnait dans un voyage d'affaires.

Nous sortîmes après déjeuner. De belles rues, de beaux magasins, de beaux monuments et nombre de femmes bien habillées, toutes choses que je n'avais pas vues depuis longtemps, me causèrent la plus agréable surprise.

Montréal est la ville la plus considérable et la plus importante du Canada, en attendant qu'elle devienne le centre le plus populeux et le plus actif du nord de l'Amérique. Elle est située sur une île du Saint-Laurent au confluent de l'Ottawa et renferme une population d'environ trois cent mille âmes.

Son accroissement prodigieux en a bientôt fait une voisine redoutable à Chicago, et il n'est pas difficile de prévoir qu'après l'achèvement du Canadian-Pacific-Railway, Montréal écrasera sa rivale. Les premiers Européens s'y fixèrent au milieu du seizième siècle. Il y avait alors là un village indien appelé Hochelaga. La majorité des habitants est catholique et française. Cependant, en dehors du peuple et des boutiquiers, l'anglais se parle autant que notre langue.

Dès le jour même je fus emmené par le consul d'Allemagne chez plusieurs négociants, et je pus me convaincre tout de suite de l'important commerce qui se fait à Montréal. Les plus grands steamers remontent le Saint-Laurent jusque-là et viennent s'amarrer le long des quais, qui sont superbes. Si l'on réfléchit que Montréal est à plus de huit cents kilomètres de la mer et que, en continuant de le remonter environ sur une longueur de deux cents kilomètres, jusqu'au lac Ontario, le Saint-Laurent conserve toujours une largeur minima d'un kilomètre, on peut se faire une idée de l'immensité de ce fleuve. Quant à l'île où s'élève Montréal, elle a environ trente kilomètres de longueur sur quinze de largeur. La rive droite est reliée à la ville par un pont en fer long de plus de trois kilomètres.

Tout près du Windsor-Hotel se trouve Mount Royal. C'est un beau parc planté de chênes à larges feuilles et qui escalade une haute colline d'où l'on découvre un superbe panorama de la ville et du fleuve. De longues rues composées d'une succession d'élégants hôtels entre cour et jardin, se prolongent très-loin vers l'extrémité ouest de l'île; en face, on voit le bras droit du Saint-Laurent, avec le port rempli de navires. Mais on ne peut apercevoir le bras gauche, de sorte qu'on n'a nullement l'impression d'être dans une île.

J'avais connu, à Terre-Neuve, quelques jeunes gens de Montréal. Dès le soir de mon arrivée je fus invité chez l'un d'eux, appartenant à une famille des plus considérables de l'endroit et qui habite l'un de ces jolis hôtels dont j'ai parlé. Après un très-bon dîner, nous allâmes au théâtre, où l'on donnait un drame finissant en comédie. Me trouver dans un vrai théâtre, quelle jouissance après dix-huit mois de ténèbres loin d'une rampe de gaz!

Du coup, je me décidai à prolonger mon séjour dans cette aimable cité, et, le lendemain, je fis avec deux autres jeunes gens le projet d'une excursion dans un village indien, situé sur le Saint-Laurent, à seize milles au-dessus de Montréal.

Nous partîmes dans la journée, et au bout d'une demi-heure le train nous déposa sur la rive gauche du Saint-Laurent.

Là, nous montons dans un canot indien qui nous transporte sur la berge opposée. À cet endroit, le fleuve, très-large, est parsemé d'îles couvertes de hauts taillis. Nous avons deux milles à faire pour aborder au point le plus rapproché de l'autre bord. Mais notre léger esquif, poussé par de courts avirons, glisse rapidement sur l'eau.