Bientôt nous mettons le pied dans le village exclusivement indien de Caughnawaga.
Sans doute, on s'attend à trouver dans les lignes qui suivent des descriptions de huttes, de coiffures à plumes et de flèches empoisonnées. J'aime mieux enlever tout de suite au lecteur ses illusions, de crainte qu'il ne m'accuse ensuite d'avoir voulu capter sournoisement son intérêt.
Il n'y a, à Caughnawaga, que des maisons de bois comme on en voit partout dans le Canada. Elles s'alignent sans ordre des deux côtés d'une rue unique, qui se distingue des terrains environnants par de plus nombreuses et de plus profondes ornières. Si l'on tient à patauger davantage, on n'a qu'à traverser la petite place qui est devant l'église. Celle-ci élève son clocher solitaire auprès de la maison du curé: tout le monde est catholique à Caughnawaga.
Tout le monde aussi est Iroquois, car aucun Blanc n'a le droit de venir se fixer là, de par la volonté du gouvernement canadien. Grâce à cette circonstance, on trouve ici le type indien dans toute sa pureté.
Il y a de beaux hommes aux larges épaules, au nez aquilin, aux dents brillantes, à l'oeil sombre et profond, avec des regards tantôt vifs, tantôt mélancoliques. Ceux qui conservent encore des restes de l'ancienne tradition portent de longs cheveux noirs et lisses, et qui leur tombent jusque sur les épaules.
Les femmes ont le teint moins coloré que les hommes; j'en ai vu de presque blanches et de jolies.
Après le dîner, nous sommes allés chez le grand chef, qui porte, hélas! le nom anglais de Williams.
Il est bon de dire que l'un des deux jeunes gens avec qui j'étais, a là une maison où il habite plusieurs jours, la semaine, en vertu de certaines fonctions dont il est chargé par le gouvernement. Il est respecté et consulté de tous, et il nous recevait là comme un prince au milieu de ses vassaux.
Il m'expliqua que le village est gouverné par un grand chef et quatre chefs inférieurs. Mais, pour tout ce qui regarde les affaires de droit, d'une façon générale, les Indiens sont considérés comme des enfants mineurs et placés sous la tutelle du gouvernement du Dominion.
Dès qu'elle nous vit, la femme du grand chef s'empressa de nous faire entrer.