Arrivés à la demeure de Maud, nous sommes entrés pour attendre une accalmie. Nous avions absolument l'air de bonshommes de neige.

On monte au salon, on se chauffe, on prend du thé. Bien entendu, il n'est pas question des parents. Ils sont sortis ou peut-être couchés, mais dans tous les cas ils ne nous joueront pas le mauvais tour de venir nous déranger.

Seuls les frères et soeurs de Maud se joignent à nous, et aussitôt Lilia de s'écrier:

—Si nous dansions!

Chacun se précipite, poussant une table ou un fauteuil pour faire le champ libre, et la danse commence.

J'ai cru, ce soir-là, avoir appris la valse américaine; mais depuis que je n'ai plus Lilia pour la danser, il m'est impossible de retrouver le pas qu'elle m'avait enseigné.

Vers minuit, le temps était à peu près beau, et j'ai eu la faveur d'accompagner miss Lilia chez elle.

Durant ce trajet, nous nous sommes mutuellement sondés et confessés l'un à l'autre; nous nous sommes découvert une infinité de goûts communs. Arrivés devant la porte, nous nous sommes serré la main avec ce geste franc et naturel de deux vieux amis chez qui la confiance égale l'affection.

Comme je suis loin de la France! Et comme c'est pitié que la France ne soit pas plus près de l'Amérique!

Peut-être s'en rapprochera-t-elle: la vapeur a déjà bien diminué l'espace qui sépare Paris de New-York. Mais les belles Américaines de Paris sont en train de le supprimer tout à fait.