Le vent redouble, balayant la poussière de glace qu'il soulève et roule en tourbillons aveuglants; puis il monte en trombe jusqu'au ciel et chasse devant lui avec des hurlements lamentables de gros nuages noirs et lourds, qui crèvent en fuyant et répandent une pluie fine et serrée de neige durcie.
Éperdus, les naufragés cherchent un asile aux pieds d'un iceberg et s'y blottissent aiguillonnés par le froid, au risque d'être écrasés par la chute du bloc.
Cependant le soleil, à peine éteint, se rallume bientôt, ourlant l'horizon d'un fil d'or pâle.
On dirait que le vent reconnaît en lui un être supérieur et plus fort, car à sa vue il baisse peu à peu la voix et retient le torrent de sa rage.
La neige achève de tomber et ne se soulève plus en poussière qu'à de rares intervalles. Les nuages déchargés de leur poids s'élèvent dans le ciel qu'ils font plus pâle sans le cacher. Une partie de l'horizon, qui était tout de glace, est rendue à la mer libre.
Mais où est le steamer Greenland?
Ils ont beau chercher, les naufragés ne le découvrent nulle part; pas même un peu de fumée qui le fasse deviner derrière un iceberg.
Cette fois ils consultent la boussole, et l'orientation du navire bien définie, ils partent devant eux. Au bout d'un instant ils retrouvent le tas de peaux de phoque qu'ils avaient amoncelées lorsque la tempête les avait forcés de fuir. Il n'y a donc plus à douter, ils sont sur le bon chemin. Mais alors on devrait déjà voir le steamer. À moins que l'ouragan ne l'ait dégagé de la glace et qu'il n'ait été forcé de gagner la mer libre?
Tous les regards fouillèrent l'horizon. Rien!
Le champ de glace s'était disloqué en plusieurs endroits. Sur une largeur d'une centaine de mètres, il fallut sauter d'un glaçon à l'autre.