Nous en sommes quittes pour de légères avaries dans la mâture.
Hélas! l'ouragan ne nous a sans doute épargnés que parce qu'il a pris ailleurs sa victime.
Le jour commençait à tomber, lorsque douze pêcheurs provenant du steamer Greenland sont venus demander l'hospitalité à notre capitaine.
Les pauvres gens étaient épuisés, et ils n'ont pu satisfaire notre curiosité qu'après s'être un peu restaurés et réchauffés.
Ils avaient marché une partie de la nuit—je veux dire pendant ces heures que le jour vole ici à la nuit—et toute la journée sans savoir où ils allaient et s'ils suivaient le chemin de la bonne ou de la mauvaise fortune.
L'ouragan qui s'était déclaré la veille les avait surpris en train de tuer des phoques à plus de deux milles du Greenland. Ils avaient commencé par ne pas s'en inquiéter, jusqu'à ce que le vent, toujours plus fort, eût amené de l'horizon une brume épaisse qui les enveloppa soudain.
Ils s'élancent aussitôt dans la direction où il leur semble avoir laissé le navire. La tempête grandit toujours, et le soleil menace de s'éteindre aux confins de l'Océan.
Soudain ils émergent du brouillard, l'atmosphère a repris toute sa limpidité, et chaque arête de glace multiplie le dernier rayon que lui renvoie le couchant.
Mais le steamer n'est plus là, et les malheureux s'aperçoivent qu'ils ont fait fausse route dans le brouillard. En effet, au lieu d'avoir l'ouest en face d'eux, ils auraient dû le garder à leur gauche.
Ils cherchent de tous côtés, ne voient rien. Le ruban de brume qui vient de passer sur eux coupe par le milieu le cercle dont ils occupent le centre, et malgré sa marche rapide, la nuit est plus vite encore et souffle brusquement les dernières clartés du jour.