À la suite de cet état explicatif des navires de guerre français et anglais en croisière dans les eaux de Terre-Neuve, nous rentrerons dans l'examen de la question française, en disant de quelle mission ces vaisseaux sont chargés et comment ils s'en acquittent.

Chaque année, après que l'éloignement des glaces a rendu libre l'accès des côtes terre-neuviennes, les goëlettes de pêches, françaises et indigènes, se hâtent vers les lieux fréquentés par la morue. Les nôtres vont sur le French shore, et celles du pays occupent les baies de l'autre partie de la côte.

Cela se passe-t-il réellement ainsi?—Point du tout. Si chacun restait chez soi, il n'y aurait plus de police nécessaire.

Mais, comme on sait déjà, les uns affirment leur droit exclusif à occuper une certaine portion de territoire, et les autres le nient. De là, invasion des derniers chez les premiers, luttes, batailles, complications de toutes sortes.

Alors, l'Angleterre et la France, d'accord dans leur bon vouloir à maintenir la paix parmi leurs pêcheurs, envoient des navires de guerre chargés d'exercer sur les lieux une surveillance de haute police et d'inspirer en même temps une crainte salutaire aux pauvres bougres d'électeurs de M. Whiteway.

Seulement, tandis que sur chaque navire anglais un des officiers a été investi par le gouvernement colonial des fonctions de justice of the peace et peut donc infliger des peines aux délinquants, les Français n'ont que le droit inoffensif de dresser des procès-verbaux.

Une goëlette terre-neuvienne est-elle surprise par un de nos croiseurs dans les lieux de pêche qui nous sont réservés, l'ordre lui est intimé de partir. Si elle refuse, on la dépouille de ses engins de pêche et l'on dresse contre elle un procès-verbal qui est transmis par le commandant français au commandant anglais. Celui-ci répond par un simple accusé de réception et fait ensuite une enquête qui, par crainte de déplaire au gouvernement colonial, aboutit toujours à innocenter le coupable, ou n'aboutit pas du tout.

Et le pêcheur malin, qui connaît le coup, récidive à la prochaine occasion.

Il en ressort que, pour le résultat final, la surveillance de nos navires est purement illusoire; mais elle sert du moins à affirmer le bien fondé de nos droits.

Justement alarmés pour l'avenir de nos pêcheries de la vanité des résultats obtenus, et voulant à tout prix les rendre plus fructueux en donnant aux affaires une suite forcée, le commandant en chef et le consul de France avaient alors mis en commun leur énergie pour aboutir par une action directe sur le gouverneur de la Reine.